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A l’approche de la fête de la liberté  dans la ville  (martyr ) Douékoué , les militants, militantes et sympathisants (es)  du front populaire ivoirien se préparent à la réussite de la prestigieuse fête de la liberté. Face aux interrogations des uns et des autres sur  les festivités relatives à la fête de la liberté, « le COMBATTANT » revisite pour ses lecteurs, un extrait de l’allocution du Président par intérim du FPI, Sangaré Aboudrahmane à Akouré.

POURQUOI LA FETE DE LA LIBERTE?

En Côte d’Ivoire, la Constitution ivoirienne qui avait prévu le multipartisme en son article 7 a été ignorée par le Président Houphouët-Boigny qui a imposé au pays, le parti et la pensée uniques pendant trois décennies à travers le PDCI et l’UGTCI. Le retour au multipartisme décrété le 30 avril 1990 par le Président Houphouët-Boigny lui a été imposé par la rue mobilisée par le FPI et les organisations syndicales comme le SYNACASSCI, le SYNESCI et le SYNARES. Mais cette victoire était surtout celle d’une ligne politique sur une autre dans la clandestinité, celle de Laurent Gbagbo et du FPI, son parti. Pourquoi cela ?

A l’époque en effet, Laurent Gbagbo avait créé choc et stupeur au sein de la gauche bien pensante en écrivant que tous les partis uniques, qu’ils soient de gauche ou de droite, étaient liberticides. En cela, il n’épargnait ni l’URSS  et son Parti Communiste, ni l’Albanie et son Parti du Travail, ni la Chine et son Parti Communiste. Cette gauche bien pensante avait même soupçonné Laurent Gbagbo d’avoir abandonné l’idéal de la lutte  de gauche dont l’objectif était la révolution nationale, démocratique et populaire au profit d’une ligne pour le seul multipartisme.

Mais, même dans l’euphorie de la jouissance de la parole libérée seuls quelques esprits naïfs pouvaient établir l’équation simpliste Multipartisme = Démocratie. En effet, l’un, le multipartisme, est une étape importante de l’autre, la démocratie qui, elle-même, n’est pas une fin en soi, mais un moyen.

La chute du mur de Berlin ainsi que des régimes de parti unique en URSS comme par la suite en Côte d’Ivoire ont cependant fini par  convaincre du caractère visionnaire du camarade Laurent Gbagbo et de la justesse de la ligne adoptée par lui et le FPI. C’était donc finalement à bon droit que le FPI fêtait la victoire de la liberté politique dans notre pays.

Car cet acquis important de la lutte politique a eu des répercussions sur toutes les organisations de la société civile. En témoignent la création et la déclaration des partis politiques autres que le PDCI-RDA tels que le FPI, le PIT, l’USD et le PSI ; la création de nouvelles centrales syndicales autres que l’UGTCI telles que la FESACI et DIGNITE ; la naissance de la nouvelle organisation de défense des Droits de l’Homme comme la LIDHO.

Cette victoire méritait donc d’être célébrée. Méritait-elle cependant d’être érigée et instituée au rang de fête de la Liberté ?

C’était ouvrir une autre polémique.

Peut-on dédier une fête à la liberté dans la mesure où elle est un horizon, une (con-) quête de tous les temps selon les sociétés et non un acquis clos aux frontières circonscriptibles et figées ?

Certes, selon le philosophe Jean Jacques Rousseau (Le Contrat social) les hommes naissent libres et égaux en droit. Cependant, on aurait assurément mauvaise grâce à prétendre que l’Histoire (c’est-à-dire les multiples expériences connues et vécues à travers les époques et les communautés) ait toujours attesté ou confirmé cette profession humaniste. Il s’en faut même de beaucoup, souvent. En effet, partout, le constat affligeant est que le monde se présente comme un vaste théâtre d’opérations de luttes de survie et de domination avec, en filigrane, une thèse suprématiste qui se légitime dans l’avantage tantôt présumé tantôt attesté de conditions de naissance, sociales, économiques, militaires des uns sur les autres. Dès lors, la liberté n’est plus un allant de soi congénital mais le résultat culturel d’un rapport de forces en société.

Peut-on élever  un hymne à la liberté dans une Côte d’Ivoire où les acquis démocratiques, résultats de plus d’une trentaine d’années  de lutte ardue sont passés par pertes et profits ? Le FPI répond oui puisque depuis 1991, il commémore cet événement chaque année, si possible, précisément le 30 avril. La Fête de la Liberté a non seulement eu pignon sur rue mais elle est devenue  partie intégrante du patrimoine national.

 

Avant Akouré 2017, voici les villes qui ont accueilli les éditions de la Fête de la Liberté instituée en Côte d’Ivoire par le Front Populaire Ivoirien (FPI), parti fondé par le Président Laurent Gbagbo :

-      1991 : Abidjan, Yopougon

-      1992 : Abidjan, Marcory

-      1993 : Korhogo

-      1994 : Man

-      1995 : Abidjan, Marcory et Yopougon

-      1996 : Abidjan (Palais des Sports de Treichville)

-      1997 : Adzopé

-      1998 : San-pédro

-      1999 : Abengourou

-      2000 : Abidjan

-      2001 : Abidjan (Palais des Sports de Treichville)

-      2002 : Daloa

-      2010 : Abidjan (Yopougon et Palais de la Culture de Treichville)

-      2012 : Abidjan (Table ronde à Attoban)

-      2013 : Abidjan (Attoban)

-      2014 : Bongouanou

-      2015 : Mama (Fête couplée au 3ème Congrès extraordinaire)

-      2016 : Dabou (Orbaff)

(La Voie Originale, n°151, jeudi 27 avril 2017 p.2)

Comme on peut le constater, la Fête de la Liberté  a été célébrée pour la première fois en avril 1991, et de façon régulière jusqu’en 2002. De 2002 à 2010, elle a marqué un temps d’arrêt de 9 ans causé par la rébellion armée de septembre 2002 imposée à la Côte d’Ivoire et au pouvoir du Président Laurent Gbagbo. Sa célébration avait repris avec la 13ème édition organisée les 29, 30 mars, 1er et 2 avril 2010, avant d’être de nouveau interrompue en 2011, le Président Laurent Gbagbo ayant été renversé par la coalition armée franco-onusienne, le 11 avril 2011. (César Etou, La Voie Originale, op. cit, p.4)

Le FPI, conscient de son devoir devant l’Histoire a su honorer son statut d’instrument de lutte, pour reprendre date et communier à nouveau avec ses militants et sympathisants en 2012.

Cette année-là, le fondateur du FPI était déjà l’otage de l’impérialisme néocolonial exultant et la famille hétéroclite de ses suppôts et obligés locaux. Sa détention prolongée par des arguties judiciaires qui offrent au monde entier la preuve de la sujétion de la Cour pénale internationale (CPI) vis-à-vis de l’impérialisme néocolonial, auteur planificateur et bénéficiaire de la crise postélectorale ivoirienne, ne peut donc être un argument valide ni pertinent au soutien de la thèse éventuelle d’un renoncement. Car, en l’occurrence, cette auto-censure que s’imposerait le Parti, à tort, serait perçue par le peuple  des militants et sympathisants comme une trahison, alors même que la marche de l’Histoire ici et ailleurs, incite plutôt à se préparer  pour voir poindre une aube nouvelle sur la terre d’Eburnie ; ˝tout près n’est pas loin˝ disent les Ivoiriens. Et si ˝Gbagbo kafissa˝, c’est que les yeux se sont dessillés et que l’intoxication, la démagogie et la propagande servies à peu de frais à un peuple au bon sens corrompu à dessein, ont montré leurs  limites.

Oui, malgré tout, l’événement a fini par s’imposer grâce à la détermination de ses porteurs et parce qu’il a su emporter  l’adhésion enthousiaste des militants et sympathisants pour devenir, au fil des éditions, cette grand’messe partagée dans la générosité de l’engagement autour des idéaux et valeurs du FPI, à l’image de la Fête de l’Humanité du Parti communiste en France.

Cet événement majeur, label du Front Populaire Ivoirien est à sa 18ème édition. Si les éditions antérieures ont été célébrées avec des fortunes diverses liées aux contingences du moment, une constante les a cependant toutes traversées, comme un continuum au défi des contingences. Ce continuum, c’est la ferveur populaire et engageante des militantes, militants et sympathisants toujours fiers de contribuer à inscrire l’événement dans la conscience collective nationale, à porter à plus grande envergure cet enfantement dans la douleur des luttes pour l’émancipation de la pensée et de l’opinion, et plus globalement de la démocratie après l’obtention, au forceps, du multipartisme le 30 avril 1990.

On se souvient encore, grâce notamment à la prodigieuse fidélité de la mémoire virtuelle des technologies de l’information et de la communication qui, à la faveur de la 18ème édition à venir de la Fête de la Liberté, ont servi de canal de rediffusion sur les réseaux sociaux, de l’image riche de symboles de la toute première édition de l’événement organisée en 1991 à ˝Yopougon de Gbagbo˝ à Abidjan. Un jeune homme filiforme, vêtu de l'uniforme de l’événement aux couleurs du FPI, menotte aux poignets et bouche bâillonnée, se tient debout, les mains tendues vers Laurent Gbagbo, tenant, lui une paire de ciseaux. Se servant de ceux-ci, Laurent Gbagbo, alors Secrétaire général du FPI, rompt d’abord les chaînes qui entravent la mobilité des mains du jeune homme, et lui ôte ensuite le bâillon sur la bouche.

Par ce double acte de délivrance (la rupture de la chaîne de l’oppression et la suppression du bâillon de la bouche), la liberté d’opinion et d’expression venait ainsi d’être arrachée au parti-Etat PDCI qui avait fossilisé dans les consciences l’unicité de la pensée comme seule pratique sociopolitique. Le multipartisme acquis de vaillante lutte libérait ainsi la pensée plurielle dont l’une des manifestations visibles sera la recomposition voire la libéralisation du champ politique ivoirien.

La Fête de la Liberté, débutée à Abidjan en 1991, a pris l’allure d’une fête tournante. Elle a été célébrée neuf (9) fois dans la capitale économique ivoirienne. Avec ˝Akouré 2017˝ cette année, l’intérieur du pays l’aura aussi abritée neuf fois. C’est l’équilibre parfait entre Abidjan et les autres villes de la Côte d’Ivoire.

A chaque fois, la Fête de la Liberté reste la Fête à nulle autre pareille. A chaque fois, elle a été commémorée dans la joie et l’allégresse.

Aujourd’hui, en 2017, 26 ans après la première édition de la Fête de la Liberté, il semble que ceux qui, du principe de la célébration avaient une analyse gênée et plutôt de renoncement, n’auraient pas trop de mal à rallier nombre de citoyens à leur analyse et posture, tant sur le chemin de la liberté et de la démocratie, la Côte d’Ivoire a reculé en grandes enjambées depuis 2011.

Grande ironie du sort, le Président Laurent Gbagbo, le héraut de la lutte pour les libertés démocratiques et le multipartisme en Côte d’Ivoire est injustement maintenu dans les liens de la détention à la Haye depuis 6 ans ! Dans ces conditions, les réserves au sujet de l’opportunité de la célébration de la Fête de la Liberté prennent une résonance toute particulière, avec des échos démultiplicateurs auprès des démocrates, des hommes et femmes d’ici et d’ailleurs, épris de justice et de liberté.

Oui, tous ces développements qui donnent une justification à l’initiative prise par le FPI de commémorer la liberté à travers une fête, ne nous disent pas pourquoi le choix d’Akouré dans la sous-préfecture d’Oglhwapo en pays gwa, pour sa 18e édition. Une fête de la liberté, pour quoi faire ?

En termes différents, quel(s) sens donner à la 18è édition de la Fête de la Liberté ?

LES RAISONS D’UNE COMMEMORATION

Le FPI est féru de symboles. La Fête de la Liberté a valeur de symbole.

Le FPI a un devoir de mémoire. La Fête de la Liberté est la fête de la résurrection de nos héros.

Le FPI a un droit d’inventaire.  La Fête de la Liberté fait le diagnostic de l’état de la Côte d’Ivoire des libertés en Côte d’Ivoire et de nos forces.

Chaque année, le FPI doit prendre un nouvel engagement. La Fête de la Liberté, c’est le moment de réengagement pour la reconquête du pouvoir d’Etat.

Telle est la trame de nos prochains développements.

  1. A.  La valeur de symbole

La Fête de la Liberté a valeur de symbole. Fêter la liberté est à la fois utile et nécessaire. Nous fêtons la liberté parce que les hommes sont de plus en plus entreprenants, apaisés et épanouis quand ils jouissent d’une plus grande liberté, et c’est ce qui manque précisément en Côte d’Ivoire. Avec la Fête et par la Fête, nous invitons donc les Ivoiriens à fêter la liberté qui progressivement mais inexorablement leur a été ôtée. Du même coup, nous pouvons leur dire que la liberté est à leur portée, et qu’il n’y a pas de raison pour qu’ils n’en jouissent pas comme les peuples heureux. Lorsque nous célébrons la liberté, nous essayons de garder présent à l’esprit cette idée que la liberté n’est pas un état de fait, qu’il s’agit d’un combat essentiel qui doit être mené chaque jour. Souvenons-nous que nous avons connu le parti unique ; ce souvenir doit nous interpeller, nous rappeler ce que nous avons vécu et nous inviter à toujours rester digne du combat pour la liberté. A notre tour, nous devons nous battre pour que tous les peuples du monde puissent jouir de ce droit fondamental et soutenir de toutes nos forces ceux qui ont le courage de se révolter contre la tyrannie et l’oppression. Fête à la fois donc utile et nécessaire, la Fête de la Liberté affirme le désir d’agir et d’agir ensemble. Agir, ce n’est pas seulement manifester. C’est se manifester, expliquer, convaincre. Agir, c’est déchirer le voile de l’ignorance, c’est tourner  une page de sa vie, mais c’est surtout encore ouvrir une autre, pleine de promesses, de nouveaux défis et d’engagements. La Fête de la Liberté est une manifestation d’espoir : demain avec la liberté tout sera possible.

 

 

 Extrait de l'allocution de Sangaré Aboudrahmane à Akouré, lors de la fête de la liberté