En levant la dernière audience, le juge président avait été portant clair. Il avait bien promis que les débats reprendraient hier 1er juin. Mais que s’est-il passé pour que la CPI informe que « les audiences du 1er et du 2 juin sont annulées et suspendues pour reprendre de 19 juin ? ». Et le terme « annulé » n’est pas anodin, vu que la semaine écoulée n’a pas été du tout heureuse pour Bensouda. A méditer également, la longueur injustifiée du report. Jusqu’au 19 juin, cela fait bien plus de deux semaines d’attentes. Assez pour que l’institution se justifie devant l’opinion et donne des explications claires sur ce revirement, mais rien de tout cela. Il y a anguille sous roche.

Bensouda est désormais à cours d’argument pour faire condamner Gbagbo.

Depuis le début du procès, Bensouda vole d’humiliation en humiliation avec des témoins qui ne parviennent pas à montrer en quoi le Président Gbagbo a monté un plan commun pour éliminer une partie de la population ivoirienne dans des crimes contre l’humanité. Des religieux, de simples civils, des généraux de l’armée et de la police, des blancs et des noirs. Tout le monde y est passé sans que le résultat attendu soit perceptible à l’horizon. Au contraire celui-ci se fait de plus en plus brumeux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la déposition du professeur Até Kloosterman, expert en ADN, qui devait porter un coup de massue à la défense de Gbagbo, a été un désastre pour Bensouda. « Nous avons fait des tests pour déterminer s’il y a avait des traces de sang. Nous avons des tâches suspectes sur le T-shirt et nous avons effectué les tests pour déterminer si c’était du sang humain. Tous les tests étaient négatifs »,a-t-il déclaré, détruisant ainsi toute la stratégie de l’accusation. S’il n’y a pas de sang, c’est qu’il n’y a pas de mort, du moins par bombardement comme l’accusation le soutenait. La colonne vertébrale de sa stratégie d’accusation s’écroule avec le scandale du faux sang et la manipulation des images vidéo. Si l’on y ajoute la malheureuse série (pour elle) des dépositions observées depuis le début, il convient de reconnaître que Bensouda est désormais à cours d’argument pour faire condamner Gbagbo.

Comme on pourrait le dire, son fusil n’a plus de cartouche. Elle est fatiguée.

Timidement, croyant encore pouvoir sauver un ou deux meubles, elle a avancé, dès le lendemain du passage de l’expert en ADN, le pion d’un prétendu spécialiste en imagerie.

Un autre expert dont les connaissances ont tout de suite été couvertes de doute par le feu roulant des avocats de la défense. Là encore, on a vu qu’il s’agit d’un grossier montage.

Du coup, c’est tout l’édifice qui s’écroule. Or, la jurisprudence dit qu’en pareille situation, il peut être mis fin à ce désastreux procès. Nous n’en sommes cependant pas encore là. On nous parle pour le moment d’annulation des deux audiences d’hier et d’aujourd’hui.  Et un long report qui court jusqu’au 19 de ce mois. Une pause pour apprécier le parcours effectué depuis le début, analyser les contours de ce procès afin de prendre la décision qui s’impose ? Rien n’est moins sûr.

Source : LE NOUVEAU COURRIER N°1621 DU VENDREDI 02 JUIN 2017 

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