Le 30 juillet, la flamme de la paix s’est allumée à Bouaké, la cérémonie s’est plutôt bien passée avec la présence de plusieurs de vos pairs. Aujourd’hui, comment vous sentez-vous ? Comblé ?

LG : je suis content que  cette cérémonie soit derrière nous parce qu’il fallait arriver à la faire, il fallait l’organiser. On a eu des problèmes parce qu’il fallait inviter certains Chefs d’Etats. On ne savait pas comment faire parce qu’on n’a pas encore Bouaké. La capacité nécessaire pour recevoir beaucoup de Chefs d’Etat. Donc nous avons choisi d’inviter seulement ceux de l’UEMOA. Et puis, nous avons invité trois autres qui ont joué un rôle particulier et qui ne sont pas de L’UEMOA : les Présidents Thabo Mbeki d’Afrique du Sud, Dos Santos d’Angola et John Kuffor du Ghana parce qu’il est le président en exercice de l’union africaine. Je suis heureux, je suis fier et en tout cas, on avance.

Vous citiez tout à l’heure des Présidents qui étaient présents, le Président Blaise Compaoré du Burkina  y était également. Il est le facilitateur du dialogue direct. Pouvez-vous dire M. le Président, comment vous êtres passé avec votre homologue burkinabé, qui était votre adversaire, on peut dire pendant un certain moment de la crise, à ami par la suite ? 

LG : Vous savez, on était déjà amis avant. L’histoire du monde est remplie d’exemples de ce genre. Aujourd’hui la France et l’Allemagne constituent l’axe central de l’Union européenne. Elles se sont fait la guerre. La première et la deuxième guerre mondiales.

A quel moment avez-vous senti qu’il fallait vous confier à lui, précisément dans la résolution de la crise ivoirienne ? Au moment où nous avons discuté et sommes tombés d’accord. Il s »emble que le Président Thabo Mbeki ait joué, à un moment donné, un rôle important dans ce rapprochement ?

LG : Un rôle très important puisque Thabo MBeki devrait quitter la médiation parce que son pays s’apprêtait à être élu au Conseil de sécurité des Nations unies. Depuis tout le temps qu’il est resté médiateur, il m’a toujours dit qu’on ne sortira de la crise que quand on aura des rapports normaux avec le Burkina.  Donc avant de partir, il est venu me demander si j’étais prêt à aller à Ouagadougou avec lui. J’ai répondu oui, et nous sommes allés à Ouagadougou. Nous avons eu des discussions à trois de près de trois heures. On peut considérer cette discussion comme le prélude au dialogue direct.

M. le Président, les deux méthodes de médiation, Mbeki-Compaoré, ont-elles été différentes ?

LG : Ce n’est pas le même travail. Mbéki était médiateur entre le Président de la République de Côte d’ivoire et ceux qui étaient dans la rébellion. Ainsi, j’ai décidé de discuter avec ceux qui étaient avec la rébellion. Ainsi, j’ai décidé de discuter avec ceux qui étaient avec la rébellion. J’avais un ami avec qui j’ai retrouvé l’amitié, c’était Blaise Compaoré. Je lui ai dit, étant l’ami des deux côtés, il pouvait nous aider à rechercher la paix. Heureusement pour nous, il venait d’être  élu par la CEDEAO et cette organisation a accepté. Ce n’est pas compliqué. Il n’y a pas de mystère dans ce que font les chefs d’Etat. Ce sont problèmes qu’on règle. Ça marche ou ça ne marche pas.

Est-ce pour l’instant, c’est sur la bonne voie ?

LG : Oui, pour l’instant ça marche bien. Mais sachez que je le connais, je suis en rapport avec lui depuis 1989. Donc, je ne l’ai pas connu qu’au cours de la crise. On se connait depuis et comme il le dit lui-même, nous sommes tous les deux d’un tempérament ancien. Quand on est ensemble, on fait des palabres et quand on a fini, on se met d’accord.

M. le Président, abordons maintenant la question de la politique intérieur. Permettez-moi de revenir sur l’attentat du 28 juin contre votre Premier ministre. Une enquête internationale a été demandée. Qu’adviendra-t-il par exemple si les résultats de l’enquête montrent des choses gênantes de part et d’autre ?

LG : Concernant l’enquête, il faut préciser que naturellement, le tribunal ivoirien est saisi. Le procureur général de Bouaké est saisi, il a déjà désigné les personnes qui doivent enquêter. Elles font leur travail.

 Il s’agit bien d’une enquête internationale ?

LG : Ahi oui et cette procédure conduira naturellement à un procès.

Comment faire cohabiter les deux enquêtes nationale et internationale ?

LG : Je crois souvent les gens les oublient que ce qui doit conduire au procès en Côte d’ivoire, l’action menée par le procureur générale de Bouaké avec ses collaborateurs : le procureur de la république, les juges d’instructions, les enquêteurs. Ça, c’est une première partie. C’est à eux qu’on demandera des comptes au niveau des procès, parce qu’il faudra bien qu’un procès arrive et qu’il juge, condamne ou libère. Ensuite, nous avons demandé, pour avoir plus d’information, pour avoir une plus large, une enquête internationale parce que pour moi, elle doit nous aider à débusquer toutes les ramifications extérieures. Et s’il y a des résultats, ils seront versés au dossier du procès qui va avoir lieu.

 La Côte d’ivoire ne remet-elle pas en cause son stat d’Etat souverain en demandant une enquête internationale ?

LG : n’importe quel Etat peut demander à une organisation commune de l’aide à faire une enquête. Mais le sens de la question est que le procureur général de Bouaké est saisi, il est en mouvement, il est en train de travailler. Il avance avec ses hommes. C’est cela qui doit aboutir à un procès.

Qu’adviendrait-il par exemple nationale ou internationale désignait un de vos proches comme étant derrière cet attentat ?

LG : Mais il sera traduit devant les tribunaux. Ce que nous recherchons, c’est la vérité et la vérité n’a ni couleur, ni position politique. Chacun d’entre nous suspecte des personnes mais ce n’est pas notre travail de faire cela.

Et si les résultats de l’enquête freinent la dynamique de la flamme de la paix engagée à Bouaké, il y a quelques semaines ?

LG : Si quelqu’un titre sur l’avion du Premier ministre, moi je le considère comme un criminel. Vous avez des problèmes que je n’ai pas, Madame. Celui qui est coupable, sera jugé et condamné s’il est reconnu comme tel. Il n’y a pas de problème, quel qu’il soit.

Le 6 août dernier, à la veille de la commémoration de l’indépendance de votre pays, vous avez souhaité aller vite aux élections. Vous avez même avancé le mois de décembre.   Pensez-vous que ce délai  peut tenir et prendre en compte toutes les questions importantes liées à ce processus ?

LG : Chacun fait son travail, moi, je fais le mien. Qui doit fixer la date des élections ? Ce sont les membres de la Commission nationale indépendante. En accord avec les membres du Conseil constitutionnel. Moi, je ne fais que signe les décrets. Je fais la politique et je suis bien fondé à dire qu’il est possible qu’on organise des élections en décembre et cela n’a pas valeur de décision.

Il n’empêche que vous voulez aller vite, vite, vite aux élections et vos adversaires disent que vous voulez aller vite pour organiser la fraude ?

LG : J’ai dit à quelqu’un, avez-vous vu en Afrique des élections organisées sans que quelqu’un ne crie à la fraude ? ça n’est pas le problème. Le problème est que du point de vue de la constitution, on ne peut pas organiser des élections tant que le pays est divisé. Si je suis conscient que le pays n’est plus divisé et qu’il est réunifié, c’est qu’on peut organiser les élections. Et que l’obstacle constitutionnel pour ne pas organiser des élections n’existe plus. Voilà pourquoi je dis maintenant qu’il faut aller vite. A présent, il faut aller vite, il faut faire les audiences foraines. Ne concernent pas tout le monde. Cela concerne seulement ceux qui sont nés en Côte d’ivoire. Qu’ils soient ivoiriens ou étrangers, il s’agit de ceux qui n’ont jamais eu de papier. En Côte d’ivoire aujourd’hui, 75% de la population a moins de 25 ans. Ils ont eu des papiers déjà et c’est ça. Ce n’est pas n’importe qui doit venir à l’audience foraine pour crier et réclamer des papiers. Il y en a mêmes qui voudraient réclamer des certificats de nationalité.

Qu’est-ce qui sera délivré comme papier ?

LG : Des jugements supplétifs d’acte de naissance. One ne peut délivrer que deux papiers : des jugements supplétifs d’acte de naissance ou un jugement supplétif d’acte de décès. Pour dire que le juges ne sont pas habilités à délivrer un autre papier.

Sur cette question, être-vous en phase avec votre Premier ministre… ?

LG : Mais, il n’y a pas à être en phase. Il faut appliquer la loi. J’ai dit ce que dit la loi.

Qu’est-ce qu’il fut délivrer pendant les audiences foraines ? Des jugements supplétifs ou certificats de nationalité qui ont longtemps plombé le processus ?

LG : C’est parce que les gens voulaient contourner la loi. Quand Charles Konan Banny était Premier ministre, regardez bien le texte qu’il a écrit expliqué ce que seront les audiences foraines. On était totalement d’accord.

Mais si après chose, cela ne me regarde pas. C’est qu’il réuni tous ses juristes. Ils ont fait l’analyse de texte de loi régissant les audiences foraines et il est d’accord avec ce que je dis. Et c’est écrit.

S’agissant de l’Accord de Ouaga peut-on dire que cette foi-ci est la bonne et que cet Accord a pris en compte les problèmes qui ont été à la base de la crise de votre pays ? Le processus est-il vraiment sur les rails ?

LG : Moi je pense que chaque fois que les Africains se sont occupés de notre problème. On a fait des avancées. On a fait des textes. C’est pour vous dire qu’on ne nous a pas imposé.

Les véritables causes de la guerre ont-elles été prises en compte ?

LG : C’est avec ceux qui avaient les fusils qu’on a négocié et signé ensembles. Donc, je peux dire que tout a été pris en compte.

Revenons à la cérémonie de Bouaké avec tout le symbole qu’il y a eu. Le feu qui a été mis à des armes. Tout cela va-t-il conduire vite au désarmement ?

LG : oui

Mais quand est-ce tout cela va démarrer ?

LG : Pour parler comme les autres, il n’y a pas de fétichisme du désarmement. Le désarmement est utile en ce sens qu’il permet à tout le monde de circuler et de faire les élections. Si les gens circulent et que les préfets sont déjà en place que les sous-préfets vont rejoindre dans deux jours ou trois jours, qui parle encore de tout cela ? C’est pourquoi les Ivoirienne doivent comprendre que quand on est dans un processus de sortie de crise, il ya ceux qui dirigent ce processus, qui ont leur méthode et qui savent où ils vont.

Pour l’instant, en attendant que le désarmement soit effectif…

LG : Parce qu’on a brûlé que quelques armes.

Juste quelques armes ?

LG : Oui bien sûr ! Mais c’est que ça commencé. Si on brûle deux mille armes, c’est que le désarmement a commencé.

Quelques armes ont été brulées à Guiglo, il y a quelques mois. Après, on a entendu que ce ne sont toutes les armes qui ont été brûlées et que le processus est interrompu.

LG : A Guiglo, les armes qu’on a ramassées n’ont pas été toutes brûles parce que ce n’est jamais toutes les armes qu’on brûle. On ne va pas brûler toutes es armes pour en acheter après. Car après, on va continuer à refaire l’armée. C’est que souvent aussi, les gens ne savent pas quand on parle de bûcher, ils sont trop loin de l’action. Quelquefois même, on crée pour que l’arme puisse garder des habitudes.

Vous parliez de libre circulation des biens et des personnes Monsieur le Président, vos compatriotes peuvent-ils aujourd’hui aller et venir à Bouaké, Séguéla, Vavoua et Ferké sans craindre pour leur vie, pour certains ?

LG : Vous-même qui êtes journaliste, allez à Vavoua. Quand vous serez partie et revenue, vous comprendrez qu’on peut circuler tranquillement.

Vous semblez me dire le désarmement n’est encore tout à  fait effectif, ce n’est pas très rassurant ?

LG : Je veux dire que j’ai un ami, il est de Vavoua et qui s’y est déjà rendu. Il est parti et revenu au moins trois fois pour faire s campagne dans le cadre des élections municipales à venir. Aujourd’hui, on va et on vient. Même le Conseil général de Vavoua a tenu sa première réunion à Vavoua, il n’y a pas longtemps. Le ministre Tagro était récemment à Séguéla pour présider la fête de l’indépendance. Donc, on avance. Dans la libre circulation, on avance. Et on le fait, pour utiliser une expression bien d’ici, concomitamment avec le désarmement.

Pour régler le problème des grades dans l’armée, vous être bien obligé d’y faire face. Faut-il une décision politique ou militaire ?

LG : Non ! C’est une question qui va être traitée comme tout autre. Je voudrais profiter de l’opportunité que vous me donnez pour dire aux gens de ne pas s’en faire au sujet des grades. En fait, qu’est-ce qu’un grade dans l’armée ? Un grade dans l’armée, c’est un signe qu’on vous donne pour montrer le niveau atteint dans la hiérarchie. Selon le niveau, vous recevez un traitement équivalent et vous commandez des hommes. Est-ce que ceux qui ont ces grades commandent aux FANCI ? Non ! Est-ce que ceux qui ont ces grades ont un traitement salarial ? Non !

Que revendiquent-ils au juste ?

LG : Avec des ‟Si″, on peut tout faire ; mais pour le moment, je parle de la réalité. Ce qui veut dire que ce problème n’a pas d’incidence sur l’armée. Alors je ne comprends pas. Wattao que j’ai vu l’autre jour n’a pas été nommé chef de bataillon et il n’a pas à s’exciter, il faut qu’ils nous laissent travailler. De la même manière  que nous avons travaillé lentement et que nous avons de la même manière le problème des grades va se régler.

Abordons une question qui, elle, est importante sur le plan de la politique intérieur. La crispation entre vous et les deux autres leaders de la politique ivoirienne, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara et l’ancien Président Henri Konan Bédié, semble se durcir M. le Président.

LG : Pourquoi dites-vous cela ?

On ne les a pas, par exemple, vus à Bouaké, pendant la très importante cérémonie du Bucher de la paix

LG : en quoi est-ce que cela dénote un durcissement de nos relations ?

Voulez-vous donc dire, M. le Président, que vous êtes en contact avec eux ?

LG : On invite des citoyens, ils viennent ou ils ne viennent pas. Ils ne sont pas venus c’est vrai ; mais ils n’ont pas posé un acte contre la Côte d’ivoire. Je veux dire que ce n’est pas un acte périssable… Et puis ils ont envoyé des délégations. C’est même dans la presse que j’ai découvert ce problème. Vous savez qu’en politique, il y a des problèmes qui en eux-mêmes ne sont rien, mais c’est à force d’en parler qu’on en fait des problèmes. On est allé à Bouaké pour faire le bûcher, pour marquer la réconciliation et la fluidité de la circulation sur toute l’étendue du territoire. Cela a été fait et c’est l’essentiel. Ceux qui ne sont pas venus, ce n’est pas ça l’important.

Ce sont tout même deux acteurs importants de la vie politique en Côte d’ivoire. Envisagez-vous, en tant que Président de la République, des initiatives pour les inclure dans le processus ou même les mettre face  à leurs responsabilités ?

LG : Non ! On n’a pas à les mettre devant leurs responsabilités. J’ai discuté avec ceux qui ont revendiqué la prise des armes ; c’est dans ce sens qu’on parle de dialogue direct. Parce que je me suis rend du compte que toutes les réunions qui incluent tout le monde n’aboutissent à rien, on ne parle pas de problèmes précis du dépôt  des armes… Vous savez, en Afrique, il faut qu’on apprenne une chose. Que celui qui a gagné gouverne et que celui qui n’a pas de problèmes précis du dépôt des armes… Vous savez, en Afrique, il faut qu’on apprenne cela.

Mais la situation dans votre pays n’est pas une situation tout à fait normale pour l’instant. A l’étranger par exemple, la conception est que ces personnalités sont encore une fois en train d’être exclues du jeu politique.

 LG : Alors là, ceux que vous avez vus et qui vous l’ont dit ne sont pas vraiment nombreux, parce qu’aucun des  Chefs d’Etat étrangers qui sont venus en Côte d’ivoire ne me l’a dit. Aucun ne l’a dit !

Sûrement qu’ils n’ont pas osé vous le dire !

LG : Non, non ! Si on les invite, qu’est-ce qu’on peut faire  (…)  ne peut pas les forcer à venir. On dit aussi qu’ils ne sont pas venus à la fête du 7 août dernier. Quand j’étais dans l’opposition, je n’étais jamais allé à la fête de la célébration du 7 août, mis je ne m’en suis pas pour autant senti écarté de la vie politique. C’est-à-dire que les ivoiriens ont des raisonnements que je ne comprends pas toujours. On ne met pas tout le monde partout et dans tout.

Tout de même M. le Président, ne serait-il pas bien, pour la bonne marche du processus, que main dans la main les Ivoiriens travaillent, et… ?

LG : Mais on travaille main dans la main… Soro Guillaume est Premier ministre. Dans son gouvernement, tous les partis politiques sont représentés. Il y a le FPI, le PDCI, le RDR, le PIT, l’UDPCI, l’UDCI. Quel est l’endroit où travaille gouvernement. Et ça, je l’avis déjà fait avant même qu’il y ait la guerre. Je les avais déjà tous inclus. Je ne suis pas du tout ému du fait qu’ils ne soient pas venus. Il faut cesser ces façons de se comporter en victime.

Vos compatriotes pourraient être inquiets de cette absence d’harmonie par rapport à ce processus de la paix enclenché depuis Bouaké.

LG : il est important que ceux qui doivent prendre les décisions politiques puissent les prendre ; c’est ce qui se passe en comment. Il faut laisser les gens tranquilles.

M. le Président, le phénomène de la transhumance politique touche presque tous les partis de l’opposition en Côte d’ivoire. Etre-vous à l’origine de ces débauchages ?

LG : On le dit mais ça m’amuse. Ceux qui le disent n’ont pas beaucoup de mémoire. En Afrique et même partout dans le monde, les cadres, puisque c’est d’eux qu’il s’agit n’aiment pas les « loosers ». Quand vous dirigez un parti et que les cadres qui veulent agir, qui veulent participer au gouvernement de la cité, constatent que vous ne bougez pas, vous n’avez pas fui la honte pour gagner, ils vous quittent et ils vont ailleurs. Quand j’étais président du FPI ; il y a eu la Renaissance ; la plupart des membres de la renaissance ont quitté le FPI, il y en a un qui est revenu après mais,… Il y avait même eu, à l’époque, une émission de la télévision où l’on donnait systématiquement la parole à ceux qui avaient quitté le FPI. Mais cela est courant en Afrique. Il faut cesser d’accuser les gens pour plaisir de le faire ; c’est comme ça que les choses se font. Mais ce n’est pas seulement en Afrique ; cela se fait dans beaucoup de pays occidentaux. Quant à moi, j’observe. 

Vous observez le fait que de plus en plus de cadres de l’opposition vous rejoignent…

LG : Vous voulezque ça me mécontente ? Si les gens quittent leurs partis pour dire qu’ils me rejoignent, je ne peux être qu’heureux. Mais ça ne veut pas dire que je les débauche. S’ils se déplacent pour venir chez moi, c’est peut-être parce qu’ils pensent que là où ils étaient, ils ne vont pas vite arriver au pouvoir ou qu’ils ont d’autres motivations. Quand cela arrivait au FPI, je n’ai pas accusé le parti au pouvoir ; alors que quelquefois, c’était des membres célèbres.

Abordons maintenant les questions sociales. Vous avez dit à un moment donné que la guerre est finie, vous avez aussi dit que la crise que connait votre pays est une crise de l’emploi, au point que vous avez lancé le service civique. En quoi cela va-t-il consister ?

LG : Le service civique est déjà pour beaucoup de pays africains, une solution. Ce n’est pas la solution parce qu’il n’y a pas la solution. Il y a une solution à l’emploi et à l’éducation des jeunes. Des pays comme le Madagascar ont déjà instauré le service civique. De même que la Zambie, le Mozambique, le Kenya dont je ne suis pas très sûr. Toujours est-il que beaucoup de pays en Afrique utilisent déjà le service civique comme un instrument pour occuper les jeunes. En quoi cela va-t-il consister ? Ici, les études montrent qu’au moins 4 millions de jeunes auraient besoin d’avoir un emploi. C’est beaucoup. Nous n’avons pas les moyens pour prendre 4millions de jeunes à la fois. Donc, nous voulons commencer. Et dès la rentrée, c’est-à-dire, fin août début septembre, nous allons prendre la loi pour ouvrir les centres. Nous allons prendre 40 mille jeunes pour ouvrir les centres.

S’agira-t-il de formation ?

LG : Oui, il s’agira surtout de formation. Former à un emploi mais aussi former à l’esprit civique et puis les accompagner dans la recherche d’un emploi.

Avec justement quelle perspective d’avoir un emploi ? Le marché de l’emploi en offre-t-il beaucoup en ce moment ?

LG : Eh bien, il faut créer des emplois. J’ai déjà reçu des coups de fil de certaines entreprises qui me disent combien elles vont en prendre. Telle dit, je vais en prendre tant, telle autre, tant… Je suis déjà content. Mieux, il y a des métiers qui n’existent pas. Prenons le cas de Cocody, le quartier le plus vaste d’Abidjan mais qui est aussi le quartier le plus huppé. Là où habitent les ministres, les ambassadeurs, les directeurs généraux, les directeurs centraux, mais quand vous regardez l’annuaire téléphonique, vous n’y trouverez le numéro d’aucun plombier. Ni à Cocody, ni ailleurs. C’est dire que si vous avez des problèmes, il faut former des plombiers et les aider à s’installer, les aider à faire leur publicité, pour qu’on les appelle, qu’ils viennent travailler et qu’on les pays. C’est dire que ce n’est pas seulement pour aller les mettre au service de l’Etat, il faut que les Ivoiriens apprennent à avoir l’esprit d’entreprenariat. Qu’ils apprennent à être des hommes d’affaires et qu’ils ne soient pas uniquement des employés dans les structures déjà existantes.

Pensez-vous pouvoir inculquer cet esprit à vos compatriotes pendant ce service civique ?

LG : en tout cas, il faut le faire. Toutes les administrations qui sont chargées de les former à cela sont déjà mobilisées.

Il s’agira, M. le Président, de trouver des occupations et d’insérer des jeunes qui ont pris des armes. Quel sera-t-il par exemple le sort des milices s’il advenait qu’elles ne sont (…) nulle part ?

LG : Pourquoi seraient-elles insérables nulle part ? Seraient-elles des sous-hommes ? Je compte ouvrir des centres à Bouaké, Séguela, Korhogo, Man. Mais je compte aussi en ouvrir à Guiglo, à Toulepleu, Abidjan, Adiaké … Donc tous les jeunes ivoiriens sont concernés. Sauf ceux qui ne veulent pas.

Sur la, M. le Président, des déchets toxiques, il semble que la Justice se soit arrêtée sinon ralentie dès qu’on a commencé à distribuer l’argent. N’y a-t-il pas quelque chose de gênant pour vous qui, pendant les longues années que vous avez passées dans l’opposition avez dénoncé l’injustice et surtout l’impunité ?

LG : Qui vous dit tout cela, Mme ? Vous n’êtes pas bien informée ?

Si, Monsieur le Président. On entend parler, en ce moment, plus de distribution d’argent que du processus judiciaire ?

LG : Ah ! ce n’est pas parce qu’on parle plus d’une affaire que l’autre n’existe pas.

Où en sont les procédures ?

LG : Je crois que juste après les vacances judiciaires, les procès vont avoir lieu. Et ça tombe très bien. Parce qu’il y a trois jours, j’ai encore posé le problème au procureur général.. il m’a dit que c’est imminent, l’ouverture du procès.

Est-ce à dire que la justice suit son cours ?

LG : Elle suit son cours normalement. Nous avons parlé de dédommagement mais (…) Ce n’est pas parce que les Ivoiriens aiment crier quand il s’agit d’argent que l’autre aspect est mort. Ce sont eux qui crient mais moi, je suis tous les aspects en même temps.

Monsieur le Président, malgré la coupure en deux, la Côte d’ivoire ne s’est pas écroulée économiquement. Mieux, une nouvelle recette est apparue. C’est le pétrole. Avec le pétrole et les recettes fiscales et d’autres moyens permettant d’avoir de l’argent, le pays se porte plutôt bien. Malgré cela, la pauvreté grandit dans les villes comme dans les villages. Comment comptez-vous améliorer la situation sans attendre la fin des élections ?

LG : La guerre rime toujours avec la pauvreté. Je n’ai jamais connu un pays en guerre où il y a la prospérité. Il y a toujours des profiteurs de guerre. Mais en règle générale, quand il y a la désespérance et l’aggravation de la pauvreté. C’est pourquoi, le premier acte économique, c’est de mettre fin à la guerre et de sortir de la situation de crise. C’est un acte économique. Parce que, sans être sorti de la situation  de crise, vous ne pouvez rien.

Aujourd’hui, pour la première fois j’oubliais de citer cela – les examens se sont déroulés. Les même sujets ont été traités le même jour et à la même heure sur l’ensemble du territoire.

Cela veut dire que maintenant on part et on vient, à Odienné, Korhogo, on pourra distribuer le carburant de la SIR à Korhogo, Odienné, donc les activités qui y sont rattachées vont reprendre. Je suis en train de travailler pour que cette année, on revienne au niveau de septembre 2002. C’est ce que j’ai annoncé dans mon discours du 6 aout. Pour qu’avec nos partenaires extérieurs, nous revenions au niveau de septembre 2002. Après, nous allons envisager les autres.

Mais on est dans les grands travaux. Nous avons commencé les grands travaux, nous allons employer beaucoup de personnes. Nous constructions la Zone administrative de Yamoussoukro, nous avons fini de bâtir l’hôtel des parlementaires. Nous sommes en train de bâtir l’Assemble nationale et la Présidence de la République. L’autoroute du Nord va continuer sur 90 KM, de Singrobo à Yamoussoukro. En septembre, nous commençons les travaux du Port parce qu’il faut que le Port soit aménagé.

Beaucoup de chantiers avant la fin des élections !

LG : Beaucoup de chantiers avant la fin des élections. Donc nous travaillons Madame.

Toujours dans le domaine économique, Monsieur le Président, il y a la question de la BCEAO qui intéresse un grand public africain. La Côte d’ivoire maintient-elle ses droits sur le gouvernorat de la BCEAO ? Avez-vous pu convaincre vos pairs de ce que la Côte d’Ivoire tient à conserver ce poste ?

LG : La Côte d’ivoire n’a pas de problème sur la BCEAO. On a discuté. D’ici septembre – octobre, ce problème sera réglé.

Qui est votre candidat pour ce poste ?

LG : Vous le saurez.

Pensez-vous qu’il est aujourd’hui important d’aplanir les différends qui existent entre votre pays et la France ?

LG : Il est toujours important d’aplanir les différends qui existent entre deux pays, parce que la diplomatie existe pour faire la paix, elle n’est pas faite pour faire la guerre.

Pensez-vous que les relations seront meilleures avec Nicolas Sarkozy ?

LG : J’espère

Vous vous êtes récemment parlé au téléphone…

LG : Oui, on s’est parlé au téléphone. Je pense que les relations vont être meilleures. Moi, je n’ai aucun problème.

Vous êtes annoncé en France, en octobre. Est-ce pour tracer de nouveaux cadres de relations ?

LG : Qui m’a annoncé en France, en octobre ? Moi, j’ai lu ça dans les journaux.

Ce n’est donc pas à l’ordre du jour ?

LG : Non, pas que ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais je n’avais encore reçu d’invitation. J’ai découvert un matin dans les journaux : «Gbagbo est annonce à  Paris ».

Vous vous êtes inscrit, permettez-moi le terme M. le Président, dans la lignée de chefs d’Etat africains qui veulent opérer une certaine révolution politique africaine. Comment vous situez-vous par rapport à cette révolution ?

LG : Je ne sais pas dans quel sens vous utilisez ce mot. Mais si la révolution veut dire qu’il faut que l’indépendance soit vraie, qu’il faut qu’on respecte les Chefs d’Etat africains comme on respecte les autres, alors nous luttons pour la révolution. Car, je ne comprends pas que les chefs d’Etat, sous prétexte qu’ils sont Africains, ou qu’ils viennent de pays petits et pauvres, se laissent conduire par d’autres pays.

A l’épreuve des dures réalités du pouvoir et des relations internationales, M. le Président, croyez-vous vraiment à des idéaux comme la renaissance africaine ?

LG : Si je n’y croyais pas, je n’en parlerais pas quelquefois et je ne m’inscrirais pas quelquefois dans cette ligne-là. Vous savez, ce terme est souvent utilise par le Président Thabo Mbeki. Mais je voudrais lui rendre un hommage parce qu’il ne m’a pas déçu. En 1994, j’ai rencontré ce Monsieur pour la première fois. Quand nous sommes alliés à Johannesburg, dans le cadre d’une réunion du comité Afrique de l’internationale sociale pour soutenir l’ANC qui s’apprêtait à aller aux élections. Un mois avant les élections. C’était la première fois que je rencontrais Thabo Mbeki, puisque c’est lui qui était chargé de nous recevoir. Au cours d’une conversation avec des amis, après la réunion, (pas forcément lui mais des amis sud-africains), je leur ai dit : « Ecoutez, vous-là, ne nous faites pas honte ! Nous vous colonisateur, qui ont passé temps à mettre leurs compatriotes en prison, à bâillonner les libertés ». A l’époque, on en avait ri. Mais je suis fier de dire que l’Afrique du Sud, sur ce point précis, a incarné la renaissance africaine. Car, elle n’a pas fait ce que beaucoup de pays africains ont fait : instaurer les partis uniques, tuer les libertés, empêcher les gens de s’exprimer. Elle n’a pas fait ça. On n’a pas besoin de bâillonner les libertés pour atteindre le développement. La preuve est que nous avons bâillonné les libertés, mais nous n’avons pas atteint le développement. J’aimerais donc vous dire que non seulement je m’inscris dans le cadre de la renaissance, mais aussi vous dire que l’Afrique du Sud incarne parfaitement ce à quoi nous aspirons, nous parlons de renaissance africaine.

 

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