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LE COMBATTANT
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22 décembre 2016

DISCOURS DU PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO A L’OCCASION DE LA RENCONTRE AVEC LA COMMUNAUTÉ IVOIRIENNE VIVANT AU GHANA

 Chers amis,

Je vous remercie d’être venus aussi nombreux, du Ghana et du Togo, pour me souhaiter la bienvenue.

Je voudrais d’abord saluer notre Ambassadeur, Ackah Emmanuel,

qui est par ailleurs mon ami. Je voudrais ensuite saluer son épouse et tout le personnel de l’Ambassade de Côte d’Ivoire ainsi que tous ceux qui travaillent avec lui, pour maintenir des relations aussi fraternelles que fructueuses avec le pays frère du Ghana. Je voudrais ensuite saluer les membres de la Police ghanéenne qui, si brillamment, ont exécuté l’Abidjanaise. Il y a des pays qui nous reçoivent et dont les Forces de l’ordre écorchent notre Hymne nationale, mais, pour des raisons diplomatiques, on ne peut pas leur faire le reproche. Ici, au Ghana, ils jouent très bien l’Abidjanaise. Je voudrais les en féliciter et les en remercier.

  Chers amis de CIGHA (Ndlr : Communauté Ivoirienne du Ghana) qui avez pris la parole, je vous salue aussi pour tous les mots aimables que vous avez dits à notre endroit. Nous vous disons merci d’être aimables, indulgents et cléments avec nous. Vous m’avez demandé, les nouvelles ; je vais vous donner les nouvelles du Pays. Au pays, tout va bien. Il n y a pas de mauvaises nouvelles, comme ont dit. Chez nous, on ne dit jamais que les nouvelles sont mauvaises. On dit toujours, les nouvelles sont bonnes et puis après, on les donne. C’est celui qui écoute qui trie pour voir quelles sont les bonnes et les mauvaises nouvelles. Depuis l’Accord Politique de Ouagadougou, il n’ y a plus la guerre en Côte d’Ivoire. La guerre est finie, et donc nous ne sommes plus dans un processus pour ramener la paix.

  Nous sommes dans un processus pour faire les élections. Il faut que les Ivoiriens comprennent bien cela. Ce sont deux choses différentes. On s’est battu pendant longtemps pour que la paix soit. Maintenant, la paix est. Ce qu’il faut faire, c’est aller aux élections. Pour y aller, nous avons d’abord supprimé toutes les Zones de délimitation entre les parties Nord et Sud de la Côte d’Ivoire. Au moment où nous signions l’Accord de Ouagadougou, il y avait la Zone gouvernementale, la Zone Ouest, la Zone Nord. Aujourd’hui, il y a la Côte d’Ivoire. Les personnes, de même que leurs biens, circulent librement sur tout le territoire national. Bien sûr, comme un pays qui sort de guerre, il y a toujours quelques petits braquages, des coupeurs de routes, mais nous n’avons pas attendu la guerre pour les connaître.

  On connaît les coupeurs de routes depuis qu’il y a eu la guerre au Liberia et en Sierra Leone. Ce sont ces guerres qui ont importé les fusils chez nous. il y a donc l’insécurité, mais il y a la paix. Maintenant, il faut aller aux élections et nous avons supprimé les Zones pour aller vite. Nous avons fait les audiences foraines, parce qu’il y a beaucoup de nos compatriotes qui n’ont pas de papiers. Les Africains en général ne connaissent pas la valeur des papiers. Un de mes amis d’enfance continue encore d’emprunter une carte d’Identité pour aller à Abidjan, parce que, selon lui, les Blancs affirment que nous nous ressemblons tous. Il y a donc beaucoup d’Ivoiriens qui continuent de vivre ainsi. On a fait les audiences foraines pour que ceux-là puissent aller devant une juridiction ambulante pour et se faire établir des papiers. Cela nous a pris plus de temps qu’on avait pensé, parce que nous avons sous-estimé le nombre de ceux qui n’avaient aucun papier.

   Nous sommes tout de même arrivés au bout du processus. Après les audiences foraines, nous avons fait l’Identification. Cela nous a coûté cher et continue de nous coûter cher ; mais nous étions tous d’accords pour passer par là. Nous avons couplé deux Entreprises, une privée de nationalité française, la SAGEM, et une d’Etat, ivoirienne, l’Institut National de la Statistique (INS). Ils ont travaillé et on a fini ce travail d’Identification. Je ne dis pas qu’on a indentifié tout le monde, parce que vous connaissez vos compatriotes. Les Ivoiriens viennent toujours à la dernière minute. Même quand il y a un match de football, il y en a qui arrivent à la deuxième mi-temps. Il y a donc des Ivoiriens qui n’ont pas pu se faire identifier mais il fallait arrêter un jour. La CEI qui est maîtresse de cette organisation a sonné la fin du match ; et c’est donc terminé.

   On est passé à la phase de la vérification informatique. Il fallait que les machines vérifient ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Les machines ont fait leur travail et m’ont remis le résultat de ce travail. Il manquait à l’appel, sur 6 millions de 2/4 personnes identifiées, 2 700 000 introuvables. On pouvait laisser tomber et continuer, mais, j’ai appelé tous les opérateurs impliqués dans le processus, je leur ai encore demandé une fouille informatique supplémentaire pour voir si certains n’ont pas été oubliés. Ils ont travaillé pendant 15 jours, et ont réussi à repêcher 800 000 Ivoiriens qui n’avaient pas été pris en compte.

   Ce qui fait que nous sommes aujourd’hui à 1 911 000 identifiés qu’on ne retrouve pas. Le dimanche dernier, je les ai reçus encore à Yamoussoukro. Je leur ai demandé s’ils étaient capables de procéder à d’autres fouilles informatiques. Ils ont répondu par l’affirmatif. Je leur encore donné 3 jours supplémentaires, le dernier sursis. Une fois que ce travail aura été fait, la liste électorale sera remise à la CEI qui va l’afficher. Nous sommes donc à ce stade précis du processus. D’ici Vendredi ou Samedi, la liste électorale provisoire sera remise à la Commission Electorale Indépendante (CEI) qui va l’afficher partout où l’identification a eu lieu. Une fois que l’affichage aura été fait, celui qui a été identifié, pourra aller vérifier. Cette fois-ci, l’affichage contiendra, non seulement les noms mais les photos en couleurs. Dans quelques jours, les listes provisoires vont être affichées sur toute l’étendue de la Côte d’Ivoire.

   Quand elles seront affichées, la loi prévoit un certain temps pour le contentieux. C’est le contrôle humain. Les uns et les auront pour aller vérifier et faire les observations qui s’imposent. Parce que les machines sont des machines. Il peut arriver que des personnes majeurs qui viennent, disent exactement les noms de leur père et de leur mère, mais se trompent sur la date et le lieu de naissance de ceux-ci. La preuve, beaucoup parmi vous, ici, ne connaissent pas mon lieu de naissance. Je ne suis né ni à Gagnoa, ni à Mama comme beaucoup le croient ou le font croire. Je suis plutôt né à Babré. Cela est inscrit sur les papiers mais beaucoup l’ignorent. Beaucoup se sont donc ainsi trompés et la machine estime que ce sont des fraudeurs. Il faut donc les retrouver et les repêcher.

   Je pense qu’au bout de ces 3 ou 4 jours, le travail sera fini ; les fiches seront tirées et les affichages seront faits. Nous allons alors commencer la période du contentieux administratif. Quand tout cela aura pris fin, on donnera 8 jours aux juges pour les cas les plus costauds qui ont été portés devant les Tribunaux et ils trancheront. Une fois que ce contentieux administratif prévu par la loi sera terminé, on sortira la liste définitive qu’on va afficher et on ira aux élections. Nous sommes donc à la fin. Nous avons fini avec les coups de machettes, les bombardements et les coups de canon. La guerre est loin derrière nous. Si vous allez à Abidjan, vous vous rendrez compte que les gens sont en campagne électorale. Chacun va vendre sa marchandise et s’afficher. Pendant que les techniciens font un travail de fouille informatique, nous faisons notre travail de mobilisation des foules à notre profit et je crois que l’ambiance est bonne.

   Une ambiance de campagne électorale est toujours une bonne ambiance. C’est un peu comme l’Abissa chez les Nzima (Ndlr : dans la région de Grand-Bassam, au Sud de la Côte d’Ivoire). Pendant les quelques jours qui sont consacrés à cette fête, tous les tabous tombent. La société se donne une poche de respiration et puis après, on referme. Il en est de même pour les campagnes électorales. Ceux qui peuvent dire la vérité, la disent et ceux qui mentent, mentent aussi. Quand les élections sont terminées, on referme et la vie reprend. C’est donc une très bonne ambiance que nous vivons en ce moment en Côte d’Ivoire. Malheureusement, il y en a qui ne connaissent pas le sens des campagnes électorales et qui veulent faire n’importe quoi. Ils s’excitent et menacent de mettre en péril le processus de sortie de crise, si le scrutin présidentiel n’est pas organisé à la date initiale du 29 novembre 2009.

   Que peuvent-ils faire ? C’est la guerre qui est la chose la plus difficile pour un Etat, nous l’avons déjà expérimentée. Que peuvent-ils faire d’autre ? Ce n’est pas la peine de dire des choses qu’on ne peut pas faire et de surchauffer une atmosphère qui est bon enfant. Pourquoi certains veulent-ils se croire plus excités que les autres ? Pourquoi certains peuvent-ils faire croire qu’ils sont plus pressés que d’autres ? Chacun a certainement sa raison, mais, nous sommes aussi pressés. Je leur dis de ne pas trop s’exciter ; qu’ils fassent campagne et laissent les techniciens travailler. Ils ont de la chance, parce que grâce à notre lutte, ce n’est plus le Gouvernement qui organise les élections. Celui qui veut poser un acte contre qui pourra t-il le poser ? Contre qui va-t-il protester ? S’ils veulent aller protester contre la CEI, la SAGEM ou l’INS, nous avons le devoir de les protéger.

    Il faut laisser tous les langages de violence de côté et aller aux élections comme à la fête. A mon avis, c’est 3/4 la seule ombre au tableau, parce que certains ne jouent pas franc-jeu. La Côte d’Ivoire a souffert. C’est parce que c’est un pays solide que les Institutions de la République ont pu être maintenues. Regardez la Somalie et regardez la Côte d’Ivoire, deux pays en guerre. Comparez-les. En Somalie, les Institutions ont été détruites ; il n’y a donc plus de Somalie. C’est l’ONU qui administre ce pays. En Côte d’Ivoire, ce sont les Ivoiriens qui dirigent, qui commandent et qui décident. Parce que dans notre résistance, nous avons réussi à préserver l’essentiel, c’est-à-dire l’Etat. Il ne faut pas que certains jouent aux apprentis sorciers.

  Voilà donc l’état de la situation. Si on m’avait écouté, on aurait fait les élections plus tôt, parce que j’avais indiqué des modalités plus rapides.Malheureusement, les gens croyaient que c’était pour les ‘’doubler ‘’, donc ils ont exigé des procédures plus lourdes. Nous avons pris ces procédures et nous y allons doucement car nous sommes pressés. Voilà chers frères, chers amis, les nouvelles du pays. En ce qui concerne vos préoccupations, j’ai déjà contacté un architecte pour la nouvelle Chancellerie. J’ai demandé à l’Ambassadeur de prendre des terrains pour construire la nouvelle Chancellerie et la Résidence de l’Ambassadeur. Nous allons le faire. Nous allons le faire, parce que nous avons des ambitions au Ghana.

   Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont deux pays jumeaux. Ce sont deux pays qui vont tirer l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Je suis fier de l’entente entre les deux pays. Je voudrais aussi féliciter les cadres Ivoiriens. Je suis fier de les voir désormais partout, recherchés comme des leaders d’Entreprises. Je félicite tous nos amis ici présents. Vous êtes ici au Ghana. Nous sommes deux pays jumeaux mais respectez les lois de la République du Ghana. Monsieur l’Ambassadeur, dites-leur que quand ils vivent dans un pays étranger, ils doivent toujours se conformer aux lois de ce pays. Je suis fier de l’entente entre la Côte d’Ivoire et le Ghana.

   Si vous êtes venus vous chercher ici, il faut savoir qu’il y a se chercher et se chercher. Il faut donc penser à votre retour et le préparer. Je vais pour cela faire renforcer le Fonds National de Solidarité (FNS) pour vous aider. Celui qui veut retourner un jour, au pays, ne doit pas se lever à la dernière minute pour y investir. Il faut penser à préparer votre vieillesse. Il faut donc penser à investir. Or, il y en a qui mangent tout ce qu’ils gagnent en vivant comme des pachas et puis, à la fin de leur vie, ils s’en prennent à l’Etat.

   

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Vous pouvez aller au FNS ; je vais lui écrire pour qu’il serve d’intermédiaire entre vous et les banques pour vous faciliter les prêts. Vous qui êtes ici avez beaucoup plus de chance que les autres. En Afrique, les anglophones ont beaucoup plus d’expérience que les francophones dans la création d’entreprises. Inspirez-vous de tout ce qu’ils font ici. Je vous encourage sur cette voie. Je ne suis pas favorable à la construction de cités. En revanche, je suis pour qu’on attribue davantage de bourses aux étudiants pour qu’ils aillent à l’école normalement et s’en sortent. Monsieur l’Ambassadeur, voilà ce que je voulais dire à mes frères. Je vous souhaite bonne chance et bonne vie au Ghana.

Que Dieu vous bénisse ; God bless you, comme on dit en Anglais ; Je vous remercie. 

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