COTE D'IVOIRE,LA LUTTE POUR LA DÉMOCRATIE (ACTE 2)
Bonoua aussi, c’était le feu, c’était le sang, les bombes lacrymogène, mais à Bonoua, il y a eu pire, pire qu’à Korhogo quelques jours auparavant. Ce samedi, à l’annonce, à l’annonce de la visite du camarade Laurent Gbagbo et d’une délégation du FPI dans la capitale de l’ananas, le peuple Abouré s’était massivement mobilisé, mobilisation que certains qualifieront d’impressionnante. « VOIR GBAGBO ET MOURIR », semble dire le peuple de côte d’ivoire, apparemment attendant l’enfant de Mama depuis long longtemps. Voilà le Bonoua qui accueille, ce samedi, le camarade Laurent Gbagbo, un Bonoua dont le maire obscur prêt à tirer sur les ficelles avec la complicité de ses maîtres
.Pour ces messieurs : « Multipartisme, connait pas, FPI dehors. »Après le sang versé à Korhogo, nous croyions le serpent mort c’est le mal le connaître. La délégation du FPI part d’ABIDJAN à 10 heures. Après plusieurs arrêt forcés du fait des habitants des petits villages situés sur l’axe Abidjan-Bonoua qui tenaient absolument à voir et saluer le camarade Laurent Gbagbo ,la délégation du FPI arrive à Bonoua en fin de matinée .C’est à 12h 32 que la délégation pénètre dans Bonoua .
A entrée de la ville, un impressionnant déploiement d’une unité de la gendarmerie attire notre attention, mais qui nous fait signe tout de même de passer ;apparemment ,le dispositif des forces de sécurité de la petite ville a été renforcé .Les organisateurs imposent un tour d’honneur à travers la ville ;sur son passage ,à pas d’une mante religieuse ,le cortège découvre avec beaucoup d’émotion ,des enfants, des femmes, et même des vieillards qui tiennent à peine sur leurs jambes ,pousser des cris de joie ,applaudir ,saluer ,faire le fameux V deux doigt signe de la victoire ,symbole du FPI .Le cortège s’immobilise de la cour royale, comme veut la tradition ici, doit saluer le Roi.
Alors se passe une chose incroyable pour une Afrique qui veut rester africaine .Le protocole coutumier hésite, tergiversé paniqué ;une discussion animée s’engage entre lui et les militants de la région. Les organisateurs de ce rendez-vous, car il ya eu rendez-vous de pris, sont désemparé ; ils ne comprennent plus .Le camarade Laurent Gbagbo attend à bord de sa voiture de commandement Précédé du chef de sécurité, Louis Dacoury, nous mettons pied à terre pour aller aux nouvelles tant la situation devenait confuse .Les militants locaux, vieux, femmes, tous sont horrifiés, scandalisés devant le fait. Le pouvoir politique vient encore une fois d’humilier la population beaucoup plus cruellement ; la dignité du fier peuple Abouré vient de prendre un sacré coup.
Le roi s’est caché sous la menace, le chantage des barons du PDCI et avec lui tous ses sujets au mépris de l’autonomie et de la neutralité de la cour royale. Après la cour royale, à 13 heures chez un camarade, des militants vinrent nous chercher « c’est le sous-préfet » au milieu Monsieur le sous-préfet est là effectivement, sous un hangar dans une cour juste à côté, dans sa tenue de représentant du pouvoir .Monsieur le sous-préfet engage alors avec nous la conversation suivante : M. le sous-préfet.-Je veux voir Gbagbo, et ces vauriens de vos militants disent qu’il mange.
GC .Bonjour Monsieur le sous-préfet.
M. le sous-préfet passons les salutations et conduisez moi à Gbagbo
GC-il mange effectivement ; pouvons nous savoir pourquoi vous êtes si nerveux ?
M. Le sous-préfet. Et si mange, cela peut-il changer la face du monde ? Je veux le voir, c’est un ordre.
GC-Dites donc, Monsieur le sous-préfet, en parlant de Gbagbo soyez gentil de dire Monsieur Gbagbo d’une part, d’autre part, dites-nous vous, en tant que sous-préfet, combien de fois avez-vous rencontré Monsieur le Président et surtout avec cette agressivité ? Si vous ne changez pas de ton et d’attitude, alors inutile d’insister.
M .Le sous-préfet –ce qui s’est passé à Korhogo, ne se passera pas ici ; mon oncle Daouda Coulibaly vous a laissé tenir votre réunion, mais pas ici.
GC-Merci pour l’information, mais vous ne nous avez pas encore dit pourquoi vous voulez voir M. Gbagbo ?
M. le sous-préfet J’ai un message pour lui.
GC- Quel message ?
M. le sous-préfet la loi interdit le meeting.
GC-pouvez-vous nous donner les références de cette loi ? A-t-elle été votée ce matin, si oui, elle viole la constitution, M. Coulibaly.
M. le sous-préfet. – C’est vous Georges Coffy dela télévision, OK, j’en prends acte ; d’ailleurs vous étiez à Korhogo aussi.
G.C.- Korhogo est une ville de la Côte d’Ivoire, tout comme Bonoua, Abidjan ; et puis vous tombez très mal avec vos petites manœuvres d’intimidation, Monsieur Coulibaly ; mais venons-en au fait, que voulez-vous à Monsieur Gbagbo ?
M. le sous préfet. – pas question.
G.C. – Alors je suis au regret de vous dire que vous ne verrez pas Monsieur Gbagbo.
M. le sous préfet. – OK, voici l’enveloppe.
Nous ouvrons l’enveloppe qui porte le cachet officiel.
Le message quant à lui, demandait au leader du FPI d’annuler son meeting au nom de la loi.
G.C. – Si nous avons tenu à ouvrir l’enveloppe, c’est qu’avec vous il faut s’attendre à tout. Excusez-moi, mais c’est une question de sécurité. Quant au fond du message, il est nul et non avenu. Nous ne vous apprenons rien ; vous ne verrez pas Gbagbo avec vos hommes armés ; je répète dans votre parti, on est capable de tout ; désolé.
M. le sous-préfet. – Bon, signez dans ce cahier.
G.C. – Puisque nous vous l’avons dit ; ce message est anticonstitutionnel, nous ne pouvons donc pas émarger pour un document non valable. Monsieur le sous-préfet, nous allons vous faire une confidence : Oubliez ce message, car si vous avez un esprit de vengeance puisque vous dites être originaire de Korhogo où le maire est votre parent vous connaissez la vérité sur Korhogo, et puis, si les choses par votre faute se gâtaient, ils vous feront porter seul le chapeau, croyez-moi. Alors monsieur le sous-préfet, laissez faire calmement les choses, les militants ayant pris le soin de vous informer depuis plusieurs jours ; ils ont fait leur devoir.
M. le sous-préfet. – Gardez vos conseils pour vous.
Le sous-préfet, visiblement inexpérimenté, nous tourne le talon et s’éloigne. Il a tout l’air d’un grand naïf, ignorant la partition qu’on était en train de lui faire jouer. Pourquoi diable, veut-on se servir du neveu pour « venger » l’oncle ? Pourquoi se servir d’une famille pour nier et refuser nos droits ? La démangeaison de la « complotite »est vraiment difficile à éradiquer au PDCI. Mais le drame dans ce parti-là, c’est le mépris que l’on a pour les textes, la constitution elle-même que l’on foule au pied mille et une fois quand cela « arrange » ; mais avec l’esprit qui anime et animera toujours, le PDCI et son chef, on aura tout vu en Côte d’Ivoire.
Très brièvement nous avons fait le compte rendu à notre chef de sécurité ,le camarade Dacoury et à Laurent Gbagbo .A 16 heures, les camarades organisateurs nous invitent au meeting .Tout est prêt .La place était devenue petite pour la circonstance ;une foule compacte l’avait envahie, tant les deux tribunes refusaient du monde. Un tonnerre d’applaudissements salue le camarade Gbagbo et le reste de la délégation .Puis des Gbagbo Président s’élèvent dans la foule pour se répandre aux quatre coins de la petite ville de Bonoua .
Quatre cargos de la gendarmerie s’ étaient disposé en face et à droite de la tribune officielle ,dernière cette immense foule ,comme pour achever le décor .Les organisateurs et les villageois invitent le camarade Gbagbo, encore une fois ,à aller saluer le Roi ;la réalité est que les fils de cette cité n’avaient pas digéré l’incident de ce matin .Les négociations ont duré plusieurs heures et la cour a dû céder .Nous arrivons donc à la cour ,il y a un flottement ,le protocole hésite ;finalement nous sommes installés dans le salon traditionnel pour les réunions Quatre notables font leur apparition sans le ROI, mais il fallait pour sauver la face assez maladroitement les nouvelles sont demandées, un peu à la hâte ;on oublie même le breuvage de l’AKWABA. Selon la coutume
.Nous prenons congé de la cour .Le Gbagbo Président de la foule dehors escorte la délégation jusqu’à la tribune officielle .Les vieux et les vielles de Bonoua drapés en habits d’apparat faits de pagne « kita » ,de larges scandales au motifs dorés ,de longues chaînes en or au cou ,sont là fiers et digne ,prêts à recevoir le message du combattant .Les forces de l’ordre ,jusque-là quelque peu discrètes ,ont maintenant pris position devant la foule ,à droite et à gauche à quelques 5 mètres de la tribune officielle ;cela n’empêche point le meeting de commencer.
Après l’allocution de bienvenue du camarade secrétaire général de la section de Bonoua, après d’autres intervenants qui ont tous mis l’accent sur la misère dans le pays, loué le courage du camarade Gbagbo et dénoncé l’uranisme sclérosant et archaïque et qui invite tous les ivoiriens à rejoindre la lutte ,c’est le tour du camarade Gbagbo secrétaire général du front populaire ivoirien de monter au pupitre et de prendre la parole .Le secrétaire général monte les marches conduisant au pupitre, dans toute son élégance avec son costume blanc crème ,brandissant le V ( deux doigts signe de la victoire ) de la main gauche, un sourire heureux orne son visage de gagneur ;comme tout grand orateur ,il marque une pause de quelque secondes ,question de laisser la fièvre qui s’est emparée de la foule tomber .Enfin il commence en ces termes : « Filles et fils de Bonoua, chers parents ,je vous salue et je vous aime » c’est l’explosion indescriptible cette joie qui emporte toute une foule pendant un moment et qui retrouve ses sens dans son refrain préféré « Gbagbo Président »
A peine le camarade Gbagbo s’est-il ressaisi du micro, que Monsieur le sous-préfet s’avance au pied du pupitre ,très solennel et interpelle le secrétaire général en débitant : « Monsieur Gbagbo Laurent ,au nom de la loi, dispersez-vous » Après quelque minute de silence ,Gbagbo reprend la parole pour s’adresse à la foule ;le sous-préfet de revenir à la charge : »dispersez-vous, au nom de la loi. » Le camarade Gbagbo marque une pause, en regardant d’abord et le sous-préfet et la foule comme pour dire : « Voyez-vous comme ils sont ? ils nous cherchent encore des noises. » Dacoury Louis, les mains dans les poches de son blouson Kaki, s’approche de quelque mètre du sous-prefet ;la foule commence à manifester son indignation par un murmure gigantesque .
Le camarade Gbagbo comme pour calmer tout ce monde ,reprend le cours normal de son intervention ;le sous-préfet s’éclipse .Alors tout bascule très rapidement. Contre toute attente, comme des feux d’artifices en plein journée, des bombes lacrymogènes volent à très base altitude, aux quatre coins de la place, pour heurter parfois la foule .C’est la débandade .Les force de l’ordre armées de fusils et de matraques ,protégées par des masque et des boucliers ,se livrent à un véritable bal du diable. Elles frappent ,avec une violence inouïe tout ce qui bouge, à coups de matraque ,de crosse ,de bottes .
La place est quasiment encerclée ;les femmes ,les enfants et même les vieux, tournent en rond ,hurlant, criant, pleurant ,gémissant Les chaises et les fauteuils sont renversés ,mis en pièces. La fumée se dissipe peu à peu sur la place. Revirement de situation .Surprise ! Après les premiers moment d’affolement ,de panique ,tous les adultes de Bonoua ,aidés des jeunes et quelques femmes livrent une vraie bataille rangée aux forces (du désordre pour la circonstance) .Le jet de bois ,de pierre ,succède aux jets de bombes lacrymogène mal dégoupillés .C’est la débandade chez les hommes en tenue qui prennent leurs jambes à leur cou .C’est maintenant le chasseur chassé .
Ils sont poursuivis dans tous les sens par la population ,trois cargos de la gendarmerie brûlent. Certains dans leur fuite, jetteront boucliers, matraques, casque .Du haut de notre perchoir ,nous entonnons l’hymne national ;l’Abidjanaise. Puis trente minute durant ,nous tenons notre meeting à Bonoua .Nous apprendrons plus tard que le domicile de Monsieur le sous-préfet avait été saccagé, lui-même a pris la fuite pour se réfugier dans une case loin de Bonoua. La lutte doit continuer car Le pouvoir est au peuple.
