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 HOMMAGE A AbouDrahamane SANGARE – TEMOIGNAGE G. BRO-GREBE

 

 

Madame la Première Dame, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers Frères et Sœurs,

 

Avant tout propos, je voudrais réitérer mes sincères condoléances à la famille biologique et à la famille politique du Pr Abou Drahamane SANGARE. YAKO à nous tous !

Au moment où le Pr AbouDrahamane SANGARE nous précède dans la maison de notre Père Céleste, il m’échoit le douloureux et redoutable devoir de donner un témoignage, en tant qu’une personne ayantpartagé avec lui pendant deux (2)ans, l’univers carcéral de Katiola.

Comme nous le savons tous, le lundi 11 Avril 2011, date à retenir, S. E. Monsieur le Président Laurent GBAGBO a été arrêté par la coalition internationale, qui, durant dix jours auparavant, avaient largué plusieurs tonnes de bombes sur sa Résidence où il était retranché avec des proches. AbouDrahamaneSANGARE et moi-même, étions de ceux-là. Nous avons donc aussi été arrêtés, dans une violence inouïe dont je vous passe les détails.

Conduits manu militari à l’Hôtel du Golf, nos chemins se sont séparés pendant huit jours pour se croiser à nouveau le 19 Avril en fin d’après-midi. Ce jour-là, nous nous sommes retrouvés dans un véhicule 4x4 qui devait nous conduire à une destination inconnue, puisque que le Chef de mission, selon ses propres dires, ne savait pas où nous allions.AbouDrahamane SANGARE et le Général DOGBO BLE étaient installés à l’arrière, KUYO Téa Narcisse et moi, au milieu, encadrés par deux colosses : et devant, auprès du chauffeur, un autre colosse, tous, lourdement armés. Dans un deuxième véhicule, se trouvaient l’Ambassadeur KONE Boubakar et mon frère, le Ministre Jean-Jacques BECHIO, paix à son âme.

Un silence de plomb avait envahi la voiture qui nous a promenés dans un Abidjan sans vie avant d’emprunter l’Autoroute du Nord. La première fois que nous avons échangé quelques mots, ce fut à N’zianouan où nous sommes arrivés après plusieurs escales, pour le ravitaillement des véhicules en carburant stockés dans des bouteilles ; tout juste pour souligner dans quelles conditions d’insécurité notre déportation s’est déroulée. A N’zianouan, notre Chef de mission nous a proposé à boire et a permis à ceux qui le souhaitaient, d’aller se soulager.

Toujours sans la moindre idée de l’endroit où l’on nous conduisait, le voyage s’est poursuivi jusqu’à Katiola, où nous sommes arrivés vers 2 h du matin. C’était donc là, notre destination !Nous avons été réceptionnés comme des colis puisque celui qui était commis à cette tâche a dû signer une décharge contenant la liste des personnes qui devaient descendre à cet endroit. Nous étions cinq à y figurer : AbouDrahamane SANGARE, Jean Jacques BECHIO, KONE Boubakar, KUYO Téa Narcisse, et moi-même, Geneviève BRO-GREBE. Puis, ils sont repartis avec le général DOGBO BLE. On saura plus tard qu’il a été déporté à Korhogo. Inutile de vous décrire dans quel état piteux nous sommes arrivés, chacun de nous portant des blessures plus ou moins graves.

Dans un premier temps, nous étions enfermés dans une villa où nous n’avions même pas accès au jardin, cela a duré jusqu’au 11 Mai 2011, à l’arrivée du Procureur de la République pour les enquêtes préliminaires. C’est à la demande d’un officier de police judiciaire que nous avons été autorisés à profiter désormais de la cour pendant quatre mois, avant de nous transférer à la Prison civile de Katiola.

Aussi bien à la villa qu’à la prison civile, nous avons organisé notre vie, en recherchant un minimum de bien-être. Au départ, je faisais l’objet d’une attention particulière de la part de mes collègues prisonniers, et surtout du Président SANGARE, parce que j’étais la seule femme, mais aussi parce que j’étais véritablement amochée, presque paralysée. Dans le groupe, SANGARE était désignéle Président et moi, la Première Dame.Très vite, dès que j’ai pu marcher correctement, j’ai retrouvé mon rôle de femme et j’ai fait valoir mon titre de Première Dame en complicité parfaite avec le Président SANGARE.

Nos journées étaient rythmées par le sport, la lecture, la télévision, les jeux de société, les messes du dimanche et des autres fêtes chrétiennes, les discussions,les repas et les quelques rares visites.

Dans tous ces aspects de notre vie carcérale, le Président SANGARE s’est montré très discipliné. J’ai été marquée par cette humilité qui caractérise ce Grand Homme d’Etat !

Au sport, il était le bon élève du Professeur BRO-GREBE, car il faisait sa marche quotidienne, comme je l’avais préconisée à tous, afin de conserver une bonne santé.

Pour la télévision, le Président SANGARE me demandait pratiquement l’autorisation avant de changer de chaînes. Quelle humilité ! Nous lui rendions aussi la politesse lorsqu’il s’agissait de suivre les matchs de football. En effet, nous avons découvert avec grand étonnement, que le Président SANGARE était un féru de football. Il pouvait passer une journée entière à regarder des matchs surtout ceux du Real Madrid qu’il supportait de façon presque religieuse. Il les suivait en direct et les regardait tard la nuit, en replay. Il était joyeux, laissant échapper des éclats de rire lorsque le Real gagnait ses matchs, mais il exprimait son agacement, voire son courroux lorsque ce dernier perdait. Par esprit de contradiction, je supportais le Barca. Il n’en était pas très heureux !!!  Grâce au Président SANGARE, j’ai comblé certaines lacunes footballistiques, toute Ministre de sport que je fus. Aujourd’hui, je suis fière de discuter des différents championnats : la Liga, le Bundesliga, la ligue 1,la Premier League, La Jupiler Pro League, la série A, la Champion’s League, l’Europa League, etc. Bel héritage, n’est-ce pas ?

Une autre facette de la personnalité du Président SANGARE que je voudrais mettre en exergue, c’est l’esprit de groupe dont il a fait montre. Bien qu’il ne fût pas catholique, il participait à toutes nos messes. Pour les jeux de société, quand bien même il n’y prenait pas part, ily assistait le temps que cela pouvait durer, en chahutant les uns et les autres. Oui ! Grognon et boudeur, ce n’est un secret pour personne, mais il savait rire, même rire aux éclats !

Nous prenions nos repas ensemble. C’était de réels moments de convivialité, de communion et de partage qui nous faisaient énormément de bien. A ce niveau, le Président SANGARE a adhéré à mon choix d’inclure des crudités et des fruits à notre alimentation. Bien qu’Il fût un fin gourmet et aimait la bonne chair, il ne s’est jamais plaint de la qualité de la nourriture qui parfois, laissait à désirer. Ici également, le Président SANGARE a accepté volontiers, parfois à son corps défendant, que je m’oppose à une alimentation trop riche en gras, en sucre, en sel (viande rouge, gibier, etc.). Et bon sang ne saurait mentir : il honorait son côté peulh en se faisant livrer régulièrement du lait de vache frais qu’il dégustait avec délectation.

Quant à nos discussions, elles tournaient autour des sujets de tous ordres, mais surtout politiques. C’est ce qui m’a fait découvrir l’Homme SANGARE, Homme de conviction, dans son attachement viscéral au FPI et à ses idéaux ainsi qu’à son « Jumeau », lePrésident Laurent GBAGBO à qui il vouait une amitié sincère et une fidélité sans borne. Au moment où les relations humaines se tissent au gré des intérêts égoïstes, il est important, à mes yeux, de souligner ces valeurs.

Bien que les autorisations auprès du Parquet d’Abidjanétaient difficiles à obtenir, des parents, amis et connaissances faisaient le parcours du combattant jusqu’à Katiola pour nous rendre visite. A chacun de ces moments, le Président SANGARE insistait auprès de nos visiteurs pour qu’ils me félicitent et me remercient par rapport à mon dévouement à l’égard du groupe. Savoir reconnaître le mérite, féliciter et remercier, n’est-ce pas la marque d’un Leader ?

En dehors de toutes les autres activités, nous avions l’opportunité de lire des bouquins et des journaux. Le Président SANGARE consacrait le plus clair de son temps à la lecture et à l’écriture. Il trouvait un petit coin d’ombre dans la cour de la prison, pour s’adonner à son passe-temps favori, et ce, durant des heures. J’en étais admirative !

Un autre fait marquant qu’il m’importe de souligner, Quand le Président SANGARE a fait un malaise, il n’a pas voulu en parler. Il a fallu que nous passions outre son avis pour alerterle régisseur afin qu’il soit évacué à Abidjan en vue de bénéficier de soins adéquats. Cela ne s’apparentet’il pas à un don de soi ?

En un mot comme en mille, le Président SANGARE porteur de valeurs éthiques et morales qui devraient caractériser tous les hommes politiques : CONSTANCE, CONVICTION, FIDELITE, INTEGRITE, LOYAUTE, et j’en passe ! Une espèce en voie de disparition !

 Pour ne pas qu’il disparaisse avec toutes ces qualités, Mesdames et Messieurs, chers frères et sœurs, permettez-moi de m’adresser au Président SANGARE :(Chez nous, les morts ne sont pas morts).

Président, tu pars sans avoir vu la fin du film dans lequel tu as joué un rôle si important ;

Tu pars sans avoir été témoin du retour triomphal de ton jumeau, le Président Laurent GBAGBO ;

Tu pars au moment où la Côte d’Ivoire se trouve à la croisée des chemins et a besoin de tous ses fils et de toutes ses filles pour la restaurer ;

Si c’est la volonté de Dieu, alors pars en paix, tu as fait ta part.

Présente la Côte d’Ivoire meurtrie à notre Père Céleste.

Demande au Père Céleste d’incliner le cœur des tenants du pouvoir en faveur du peuple ivoirien afin que la réconciliation nationale devienne une réalité.

De concert avec tous tes camarades qui t’ont précédé ces derniers temps, priez pour que, le FPI, votre instrument de lutte, qui a suscité tant d’espoirsen chaque ivoirien, se réconcilie pour pouvoir rassembler les ivoiriens.

Ton frère jumeau Gbagbo Laurent et toi, avez combattu le combat pour le bien-être du peuple de Côte d’Ivoire, bien souvent au prix de vos propres vies. Puisse le Tout-Puissant couronner tous vos sacrifices afin que la Côte d’Ivoire redevienne le Pays de la Paix, de la Prospérité partagée dans l’Espérance d’un Etat Digne et Souverain.

Je vous remercie

 

                                               Fait à Abidjan, le 30 Novembre 2018