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L’amateurisme avec lequel la CPI s’est emparée du dossier du Président Laurent Gbagbo montre que cette juridiction s’est trompée de moment, s’est trompée de sujet, s’est trompée de procédure, s’est trompée d’homme. On la comprend aisément : assurée et rassurée par l’engagement de ceux qui en imposent au monde par la puissance et par la force, qui voulaient neutraliser le Président Laurent Gbagbo, la CPI a pensé que le dossier ne comptait que pour du beurre. Les jeux étaient faits, elle pouvait entrer allègrement en voie de condamnation à une peine infâmante. 

Mais l’homme a du ressort. Il est coriace. Il a du charisme. Il a de l’audience. Il a de bons avocats. Le Président Laurent Gbagbo brouille les cartes, déjoue les pronostics et la montagne accouche d’une souris. Le drame devient farce. Le dossier est désespérément vide. Le droit est donc dit. Tout fond comme neige au soleil. Face à la vertu, à la droiture du Président Laurent Gbagbo, le vice ne peut accomplir son hold-up. Finalement, la CPI qui devrait l’avilir lui restitue sa véritable stature.

Plus qu’une instance judiciaire, la CPI est d’abord une construction politique. Plus que jamais, la CPI a du mal à se défaire d’une mauvaise réputation acquise dès ses débuts : elle ne serait qu’une justice de vainqueurs instrumentalisée par ceux qui en imposent au monde par la puissance et par la force en fonction de leurs intérêts et de leur zone d’influence.

Des journalistes de bonne foi tombent des nues, se sentent ridiculisés pour avoir été menés en bateau et, du même coup pour avoir trompé leurs lecteurs. A leur corps défendant, ils découvrent le degré de technique dans la vilenie auquel les génies de la machination sont parvenus. Et aujourd’hui, la CPI est la cible de nombreuses critiques avec la prise de conscience de la situation réelle.  La confusion est donc totale à la CPI : la vidéo kenyane que l’on a voulu imputer au Président Laurent Gbagbo ; la panique, la révolte et la volte-face des témoins dits clés ; le refus de faire triompher le doute au bénéfice de l’accusé lors de l’audience de la confirmation des charges ; la décision importante et historique de la chambre d’appel, lors de l’audience du 19 juillet 2017, qui a cassé la décision de la chambre de première instance parce qu’elle estime que les raisons évoquées pour maintenir Laurent Gbagbo en détention ne sont pas pertinentes 

et demande à la chambre de première instance de reconsidérer sa position ; le caractère sélectif du dossier avec la CPI qui fait du deux poids deux mesures en protégeant le camp de la rébellion et en ne trouvant jamais le temps de faire comparaître devant elle les responsables de la rébellion ; les ahurissantes révélations de Médiapart qui ont provoqué un séisme dans le monde et à la CPI avec les différents changements intervenus dans l’administration et le fonctionnement de la juridiction internationale, démontrent on ne peut plus nettement que c’est le regard de la communauté internationale qui trace la marge entre la victime et le bourreau ; d’un côté, ceux qui sont du bon côté de l’histoire, les victimes, et de l’autre, ceux qui sont du mauvais côté de l’histoire, les bourreaux. La victime, c’est celui qui se fait l’accompagnateur servile et docile des puissants intérêts de la communauté internationale ; le bourreau, c’est celui qui a porté atteinte à de puissants intérêts, c’est le récalcitrant au nouvel ordre mondial bâti sur l’hégémonie de la communauté internationale, c’est celui qui n’entre pas dans le moule taillé par les puissants de ce monde ; le débat sur le retrait massif des Etats africains parties au statut de Rome qui estiment que la CPI ne prend pour cible que les dirigeants africains, suivi du récent retrait du Burundi ; le silence gardé par le Président Laurent Gbagbo qui a été une stratégie payante dès lors que ce silence a accru le désir des uns et des autres de l’entendre, sont autant de péripéties qui ont profondément rongé la crédibilité de la CPI. 

Extrai de l'allocution du Président par intérim du FPI, Sangaré Aboudrahmane lors de la cérémonie de présentation des voeux.