Professeur-DEDY-SERY
L’intervention du Professeur DEDY Séri, Vice-Président du FPI, chargé de la coordination de la vie sociale et culturelle, représentant le Président Sangaré, lors de la cérémonie du Dixième anniversaire de l’UNG, le samedi 11 Novembre 2017 à Abidjan Cocody, hôtel Belle-Côte.

Thème : « Dixième Anniversaire de l’Union des Nouvelles Générations : rétrospective, perspective pour un combat politique de maturité et d’ouverture. Journée hommage au Président Laurent Gbagbo et à son combat politique ».

Monsieur le Professeur Georges Armand Ouégnin, président de la plate forme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS),

Monsieur Paul Arnaud Bohui, 1er vice-président de l’UNG représentant le Président Stéphane Kipré, Monsieur Samuel Harding, Vice-président du CNRD, représentant le Doyen Bernard Dadié,

Madame la Ministre Danielle Boni-Clavérie, Présidente de l’URD,

Monsieur le Ministre Dano Djédjé, Vice-président du FPI,

Professeur Hyacinthe Nogbou, Premier Secrétaire Général du COJEP
Monsieur Georges Témanin, représentant le Président de l’AIRD, le Ministre Eric Kahé

Mesdames et Messieurs les représentants des Associations et Mouvements de la Société civile,

Honorables Guides religieux et chefs traditionnels,

Mesdames et Messieurs les Journalistes,

Mesdames et messieurs les représentants du Mouvement Gbagbo Kafisa,

Docteur Kouassi, Secrétaire National chargé des relations avec les partis politiques, Président du comité d’organisation du 10ème de l’UNG,

Mesdames et Messieurs les Artistes Musiciens,

Camarades membres du Comité d’Organisation de la présente cérémonie.

Au moment où je prends la parole, la haute Direction du FPI, avec à sa tête le président par intérim, le camarade Abou Drahamane Sangaré, prend part à Nidrou, aux obsèques de notre regretté Déhé Gnahou, ex-Député issu de la circonscription de Duékoué, mort en exil (au Ghana) comme bien d’autres illustres combattants tombés loin de la mère patrie, tels que Gnan Raymond, Bohoun Bouabré, Diagou Gomon, Mamadou Ben Soumahoro, etc.

Ne pouvant pas être avec vous, en personne, à une aussi grande cérémonie d’hommage que celle consacrée au Président Laurent Gbagbo et à son combat politique, dans le cadre du Dixième anniversaire de l’UNG, le Président Abou Drahamane Sangaré m’a demandé de le représenter auprès de vous. Je m’en honore !

Le Président Sangaré se réjouit de la pertinence de la thématique inscrite au programme. A son avis, rien d’étonnant là-dessus sachant que l’UNG est une composante et un allié de poids dans le cadre d’une plateforme politique respectée parce que respectable : EDS.

UNE INITITIATIVE PERTINENTE

Le Président Sangaré salue vivement l’initiative du président Stéphane Kipré dont nous savons qu’il est à la pointe du combat de Laurent Gbagbo. Il salue à sa juste valeur le sens de la solidarité militante dont le 1er Vice-Président, Paul Arnaud Bohui, a toujours fait preuve à l’endroit du FPI dans ses moments de joie comme de peine.

Le président Sangaré adresse ses très vives félicitations à l’UNG pour son esprit de méthode, pour la qualité de son travail de terrain et pour ses interventions dans le combat d’idées. A l’UNG, le président Sangaré adresse donc ses vœux de succès et de longévité pour le bien-être du peuple ivoirien tout entier et des générations futures.

Mesdames et Messieurs, en me fondant sur les propos du président de EDS, sur l’allocution du Vice-président Paul Arnaud Bohui ainsi que sur les évènements nationaux et internationaux qui structurent l’actualité, je peux assurer, sans risque de me tromper, que la famille EDS est bien partie, c’est-à-dire confortablement assise dans le prestigieux fauteuil de la vérité historique. En quel sens ?

C’est que EDS a fait le pari du Gbagboisme comme philosophie politique. Le Gbagboisme exige que, pour espérer avoir la maîtrise de leur destin, les sociétés anciennement colonisées et héritières d’une décolonisation inachevée telles que la Côte d’Ivoire et bien d’autres Etats d’Afrique francophone, doivent s’engager résolument dans la voie de la démocratie et de la souveraineté. Ce choix est celui de la fidélité aux idéaux de base : la primauté du droit, le respect des droits de l’Homme donc de la Vie humaine, la solidarité, la fraternité et l’égalité entre les êtres humains à l’intérieur des Etats et entre ceux-ci : le gbagboisme est un humanisme entêté en tant qu’il va jusqu’au bout dans le respect et la promotion desdites valeurs.

Le gbagboisme ce n’est pas le système de pensées qui se contente de respecter de temps en temps les idéaux de progrès dont-il se proclame, mais qui y obéit totalement et de façon constante, pour ne pas mentir à soi-même et aux autres, c’est-à-dire pour éviter de mettre la démocratie sous hypnose. Cette démarche caméléonesque, qui consiste à respecter occasionnellement les droits de l’Homme, Laurent Gbagbo ne s’en est jamais accommodé, lui qui a toujours considéré et considère que l’humanité est indivisible. Conséquence de cette vision égalitaire du monde, Laurent Gbagbo a une haute idée de l’Etat-Nation : « la nation ne se confond ni avec la famille, ni avec une ethnie, ni avec une race, ni avec un Etat, ni avec la communauté religieuse » (1998 :54).

Pour Laurent Gbagbo, gouverner c’est tendre obstinément à accroitre la prospérité de tous dans un esprit républicain, c’est-à-dire, sans “rattrapage ethnique” ou chauvinisme ethnique d’Etat. Voilà pourquoi l’historien ivoirien n’avait cesse de citer l’historien magrébin Ibn Khaldun qui a fait remarquer dans Les prologomènes que le dirigeant politique qui fait le commerce pour son compte ruine les bases de l’économie nationale et hypothèque dangereusement le bien-être de son peuple.

Pour l’essentiel, le gbagboisme constitue un humanisme bien aux antipodes du néolibéralisme puisqu’il considère que l’Homme est ce pour quoi on produit la richesse et non l’inverse. Le Gbagboisme, c’est donc d’abord et avant tout, l’homme, la politique qui laisse l’homme au centre de tout (Karl Marx).

Voilà pourquoi Laurent Gbagbo n’a ordonné aucun massacre de vies humaines au cours de la dernière décennie de belligérance a lui imposée par ses adversaires politiques déclarés ou encagoulés. Voilà pourquoi Laurent Gbagbo a foi dans la coopération de type gagnant-gagnant, c’est-à-dire le respect mutuel, qui confère un sens concret à la démocratie internationale : « Nous voulons, a-t-il dit, avancer avec toutes les forces démocratiques de Côte d’Ivoire qui entendent l’intérêt commun comme nous, avec les fores démocratiques qui, en Afrique, entendent l’intérêt commun de l’Afrique dans le même sens que nous, avec toutes les forces démocratiques qui, dans le monde entendent l’intérêt de l’humanité dans la même acception que nous »(1998 :17)

Parce que le néolibéralisme est en réalité hostile aux règles de la libre concurrence, mais aussi et surtout au patriotisme économique, Laurent Gbagbo a été très tôt assimilé à un insoumis qui a défié les maîtres de ce monde, un hors la loi qu’il fallait remplacer par un interlocuteur docile et accommodant au sommet de l’Exécutif ivoirien.

Mais pour ne pas donner le sentiment qu’elles agissent comme des forces barbares, sans foi ni loi, les puissances d’argent ont englouti des trésors d’argent et d’ingéniosité dans la diabolisation du Woody ivoirien. Elles ont notamment corrompu et instrumentalisé bien des organisations internationales, de nombreuses ONGs et des médias, etc. De sorte que ce que Laurent Gbagbo et les démocrates d’ici et d’ailleurs savaient depuis octobre 2000, vient d’être confirmé par Médiapart : un complot international ourdi contre un leader charismatique africain, qui a commis un crime impardonnable, celui d’avoir mené le combat de la démocratie.

Ce combat consiste pour tout dirigeant responsable, à se sacrifier pour ses compatriotes, en refusant l’infantilisation, la désymbolisation et la marchandisation de son pays. Laurent Gbagbo est combattu avec férocité pour avoir établi avec perspicacité et pédagogie, un lien direct entre démocratie, souveraineté et développement durable. Or il faut bien admettre avec Laurent Gbagbo que sans la démocratie internationale, les démocraties locales n’auront aucune existence réelle et notre monde retournera vite à l’état de nature, tel que conceptualisé par les philosophes Thomas Hobbes et John Locke.

Comme on peut s’en douter, c’est parce que nos camarades Damana Pickass et Stéphane Kipré mènent le combat de Laurent Gbagbo, que les autorités ivoiriennes leur ont attribué les toutes dernières attaques des commissariats d’Abidjan. Malheureusement pour les forces réactionnaires qui confondent gouvernance et nuisance politique, communication politique et mensonge, la Police nationale vient de blanchir les mis en cause en révélant que ces attaques sont le fait de bandits de grands chemins.

Ce n’est pas tout : d’autres événements internationaux viennent de mettre à nu la fausse positivité du discours des mondialisateurs et de leurs relais locaux. Par exemple, la crise catalane en Espagne et la tragédie des Rohingyas en Birmanie. De quoi s’agit-il ?

Au nom de la stabilité et de l’intégrité territoriale de l’Espagne, l’UE a exigé que la crise née de la déclaration d’indépendance de la Catalogne se règle dans le cadre strict de la Constitution de l’Espagne. Or, dans le cadre de la crise postélectorale ivoirienne d’octobre 2010-avril 2011, la même UE s’était immiscée avec une rare férocité dans les affaires d’un Etat souverain au même titre que l’Espagne, décrétant un embargo sur les produits pharmaceutiques. Cette mesure criminelle, faut-il le rappeler, avait causé la mort de plusieurs dizaines d’innocentes personnes. Après ce crime contre l’humanité l’UE vit avec la conscience tranquille, les Noirs n’ayant pas une « âme éternelle ».

A quels ordres cette décision cynique et brutale a-t-elle obéi ? Naturellement aux ordres de la boulimie néolibérale, donc de la primauté de l’argent, nullement de la primauté du droit.

Toujours suivant sa sensibilité à géométrie variable, l’UE a gardé le silence face aux massacres de dizaines de milliers de Wê, alors qu’elle s’émeut aujourd’hui avec l’ONU, face au martyr des Rohingyas en Birmanie.

On a compris, tout compris. On a compris que l’UE et, de manière générale, les puissances d’argent évoquent à l’envi la primauté du droit, le respect des droits de l’Homme ainsi que la démocratie internationale pour endormir les populations, à commencer par les leurs.

A la suite d’Aimé Césaire, faisons remarquer que les forces réactionnaires ou anti-démocratiques se sont toujours comportées ainsi, par intolérance politique et idéologique : l’ostracisme que Laurent Gbagbo subit sous nos yeux sur la place publique de La Haye rappelle à la conscience universelle le souvenir de la condamnation de la résistance mais aussi de la réhabilitation de figures exceptionnelles telles Socrate Jules césar, Galilée, Karl Marx, Alfred Dreyfus, Bolivar , Général De Gaulle, Samory Touré, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Salvador Allende, Amical Cabral, Mao Zedong, Agontino Neto, Thomas Sankara, Nelson Mandela.

Laurent Gbagbo comme le capitaine Alfred Dreyfus

Peuple des Nouvelles Générations, peuple de la plate forme politique EDS, dévoués à la démocratie et à la souveraineté, nous voici au terme de notre parcours grâce à Laurent Gbagbo qui nous a exhorté à aller jusqu’au bout, exactement dans les mêmes termes que le capitaine Alfred Dreyfus.

En effet, l’histoire de la France nous apprend qu’à la fin du XIX ème siècle, un brillant officier de l’armée française, la capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien, juif d’origine alsacienne, fut accusé d’avoir livré des documents secrets à l’ennemi (l’Allemagne). Le 22 décembre 1894, sans preuve, il fut condamné pour trahison “à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité dans une enceinte fortifié”. Ce sera l’île du Diable en Guyane comme c’est à présent la prison de Schwenningen en Hollande (pour Laurent Gbagbo).

Totalement abusée par cette machination, l’opinion exigea même la peine capitale pourtant prohibée depuis 1848. Et c’est cet obstacle que les geôliers du capitaine Dreyfus ont tenté de contourner en lui suggérant de se suicider. Il se refusa à poser cet acte, décidé qu’il était d’aller jusqu’au bout pour que la vérité fît le procès du mensonge. Elle ne tarda pas à se faire jour. En effet, à la suite de nombreuses enquêtes diligentées en raison d’une foule de zones d’ombre dans ce qui fut appelé “l’affaire Dreyfus”, on découvrit le vrai coupable, le commandant Walsin-Esterhazy, un ancien membre du contre-espionnage français.

C’est alors que le courant antisémite français multiplie les opérations d’intoxication destinées à créditer, malgré l’évidence du faux, la thèse de la trahison. En dépit de cette prestidigitation, l’opinion est désormais au courant de la machination diabolique dont la découverte décuple l’énergie des dreyfusards, dreyfusistes et autres dreyfusiens.

Le 13 janvier 1898, Emile Zola, apparait comme le porte-drapeau des dreyfusards dressés contre les antidreyfusards. Il publie dans L’Aurore le célèbre « J’accuse », dénonçant tous ceux qui, par haine antisémite ou par volonté de nivellement par le bas, ont comploté contre le capitaine Dreyfus. Le procès de l’illustre bagnard sera révisé et le 19 septembre 1899, le prisonnier de l’île du Diable, gracié. Sa réhabilitation interviendra le 12 juillet 1906. Tout comme la réhabilitation de Laurent Gbagbo se fait depuis le 28 janvier 2016, au fur et à mesure que les témoins à charge deviennent des « témoins hostiles » à l’Accusation

Comme dans le cas de Dreyfus, « l’affaire GBAGBO » est en train d’avoir de profondes conséquences sociales et politiques dans les relations Nord-Sud. La Côte d’Ivoire s’installe dans une bipolarisation à l’image du monde entier aujourd’hui partagé entre les Gbagbophiles et les Gbagbophobes, entre les progressistes, amis de la vérité et les réactionnaires, qui dissimilent leur incapacité politique sous les ordures du mensonge et de la manipulation.

Dans cette dynamique, on observe qu’un courant de sympathie pro-GBAGBO s’empare de bien des militants RHDP. Le RDR, le PDCI, le MFA, et l’UDPCI entendent de plus en plus en leur sein des cris d’indignation dont l’expression la plus aboutie est sans conteste la demande de mise en liberté pure et simple de Laurent Gbagbo les ex-rebelles. Cette indignation est aujourd’hui à son point culminant puisque le quatre (4) généraux des ex-FDS (Brindou M’Bia, Kassaraté, Philippe Mangou, Détho Letho) censés avoir été mis en mission par Laurent Gbagbo pour massacrer les partisans de Ouattara, ont plutôt blanchi l’ancien chef d’Etat ivoirien, déconstruisant sans pitié l’indéfendable « plan commun » de l’Accusation.

Comme Laurent Gbagbo et Blé Goudé, Stéphane Kipré et Damana Pickass viennent d’être blanchis, avons-nous signalé plus haut : ils peuvent triompher. Nous devons les honorer et les venger avec élégance, c’est-à-dire par la force des idées dont la maturation commence précisément avec le 10ème anniversaire de l’UNG. Les venger, c’est vilipender les tenants du racisme sous toutes ses formes : politique, idéologique, économique, sociale et culturelle. Car, comme Dreyfus dont le procès a dévoilé le caractère pernicieux de l’antisémitisme, l’affaire GBAGBO est en train de poser les bases d’une véritable thérapie pour guérir l’Afrique de ses complexes.

Mesdames et Messieurs, chers camarades, n’oublions pas que Laurent Gbagbo a promis d’aller jusqu’au bout. Retenons surtout qu’il n’a pas dit qu’il fallait croiser les bras après la mise à nu du complot international ourdi contre lui, la Côte d’Ivoire et l’Afrique. Autrement dit, le “bout“ en question se ramène à trois (3) moments clés que nous devons intégrer dans nos consciences, dans les consciences de nos enfants et petits-enfants et dans nos programmes d’action à venir.

Le premier moment, c’est la libération physique de Laurent Gbagbo, de Simone Ehivet Gbagbo, de Blé Goudé, Docteur Assoa Adou, Lida Kouassi, de tous les autres prisonniers de la haine anti GBAGBO ainsi que le retour de nos camarades en exil.

Le deuxième moment clé correspond à la libération de la Côte d’Ivoire, une société recolonisée avec rage depuis les ingérences meurtrières de la France de Sarkozy, de l’ONU de BAN KI-Moon, de la CEDEAO de Jonathan Goodluck et de l’UA de Jean Ping.

Enfin, le troisième moment, c’est la libération de l’Afrique elle-même : le GBAGBOISME a pour ambition de concrétiser le rêve des pionniers du panafricanisme, à savoir les Etats-Unis d’Afrique. Si l’affaire Dreyfus a permis la création d’Israël, l’affaire Gbagbo devrait hâter la mise en place d’une Nation Africaine Démocratique et Socialiste donc Souveraine.

Somme toute, « aller jusqu’au bout », c’est construire une société africaine libre entendue en trois sens : une Afrique libérée, une Afrique libératrice, une Afrique de libertés, qui nous permette de maitriser notre destin, et par conséquent de cesser d’être un continent-ustensile pour les autres Régions du monde.

Joyeux Anniversaire

Prof DEDY Séri,

Vice-Président du FPI, chargé de la coordination de la vie sociale et culturelle