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Etablir la confiance entre les Ivoiriens

 

AFP : Comment jugez-vous la situation économique du pays ? Est-ce qu’on est vraiment au bord de grosses difficultés, d’un déséquilibre social.

LG : Aujourd’hui, il faut établir la confiance entre les ivoiriens, c’est-à-dire entre les ivoiriens et les institutions. Parce que comment expliquer autrement que les gens font de la rétention d’argent ? Ceux qui ont mis de côté des milliards font partir cet argent à l’étranger. Même les petits qui travaillent dans le secteur informel n’ont pas confiance aux circuits bancaires. Reportez-vous à ce qu’un banquier français disait au colloque de la Chambre de Commerce de Paris (1986) : Sur 2 000 milliards d’épargne en Côte d’Ivoire, il y avait seulement 800 Milliards dans les circuits bancaires. Les autres sont soit dans les tontines (200 milliards), soit dans les canaris ou sous les matelas (1 000 milliards). Alors pour répondre plus précisément à la question que vous posez,  nous sommes déjà dans de grandes difficultés. Pour pays de 10 millions d’habitants, la dette prévue pour 1986 est de 15 milliards et demi de dollars ; par tête d’habitants, cela représente, toute proportion gardée, une dette plus lourde que celle du Brésil.

Car les brésiliens eux, sont plus de 100 millions d’habitants. A l’intérieur, nous avons 300 milliards FCFA de dette intérieur ; cela signifie, pour une économie fragile comme la nôtre, que les entreprises qui dépendent de commandes de l’Etat sont absolument étranglées. L’Etat doit de l’argent au PME qui ferment en cascade. Je crois pour 1987 il y a eu plus de 400 entreprises qui sont fermés ! Lorsque dans un pays, on estime à plus de 60%, le nombre de ceux qui sont incontrôlable, parce qu’étant dans le secteur informel, c’est grave ! Plus de 60% d’après les chiffres du ministère du travail ! Quand dans un pays on arrive à ce niveau, c’est catastrophique.

De toutes les façons les équilibres sont rompus. La balance de paiement est déficitaire ; le budget l’est depuis environ 1980. Voilà les problèmes dans lesquels nous sommes empêtrés ! A parti de ce moment là, il nous faut de l’argent frais. Or la question de l’argent frais nous conduit au deuxième volet de ce que je voulais dire : il faut également rétablir la confiance entre les dirigeants de notre pays et les opérateurs économiques étrangers. Toutes les difficultés que la Côte d’Ivoire a eues dans ses négociations avec l’extérieur viennent du fait que la confiance a disparu. Et c’est pour rétablir cette confiance que nous demandons le multipartisme. On ne peut pas faire confiance à des gens qui ont conduit le pays à la banqueroute.

The Independant : le président a dit hier, que la France venait d’accorder une aide substantielle, que la FMI et la Banque mondiale allaient faire la même chose. Est-ce que ça ne veut pas dire que les donateurs extérieurs font toujours confiance au gouvernement ?

LG : Le président faisait allusion à la réunion que les créanciers de la Côte d’Ivoire devaient tenir à Paris, vers la mi-octobre je crois, en vue de dégager les 4 milliards de dollars nécessaires au financement de l’économie ivoirienne jusqu’à fin 1990. Mais ce n’est là qu’un palliatif. Les problèmes de fond demeurent. Depuis longtemps déjà, le FMI et la Banque mondiale ont, malgré toutes les incohérences soulignées par ces deux institutions, décidé de soutenir la Côte d’Ivoire. Cela influe sur la structure de notre dette extérieure. Il y a 3 ans à peu près, la dette privée était plus importante que les dettes publiques. Ce qui prouvait que l’Etat inspirait confiance. Le taux de confiance au niveau de la gestion économique se mesure dans les rapports qu’on a avec les institutions privées. Cela fait qu’aujourd’hui, la structure de la dette extérieure a complètement changé : sur 15 milliards et demi de dollars de dette extérieure, nous avons 8 milliards qui sont dus aux Etat et aux institutions publiques et para-publiques (FMI, Banque mondiale, etc.) ; et nous avons 7 milliards et demi qui sont du aux institutions privées, aux banques privées. Nous sommes rentrés dans l’ère classique des pays assistés. La part de la dette publique a pris le pas sur la part de la dette privée.

La dérive de la politique sécuritaire

 

AFP : la Côte d’Ivoire a une population d’environ 10 millions d’habitants ; on dit qu’il y en a à peu près la moitié qui sont des étrangers. Alors parmi les mesures que vient d’annoncer le président (renforcement du pouvoir de l’armée, contrôle de la situation des immigrants), est-ce qu’on ne risque pas, avec la situation économique que vous venez de dépeindre, d’avoir le phénomène de rejet qui a déjà affecté un certain nombre de pays africains, c’est-à-dire : haro sur les étrangers et expulsion en masse ?

LG : Vous avez parfaitement raison. Dès que j’ai entendu cette mesure, je m’en suis méfié, j’ai eu peur d’une dérive extrême-droitière de la politique sécuritaire ivoirienne. D’abord, quand il y a un crise et que la situation est difficile comme ça, on a toujours tendance, spontanément, à rejeter toutes les difficultés sur l’étranger. Même si l’étranger souvent ne fait que gagner sa croûte. Et surtout ici, j’ai eu très peu parce que l’histoire de la Côte d’Ivoire avec les étrangers est une histoire qui ressemble à celle de la France avec le Maghreb.

Prenons le cas de la Haute-Volta, actuel Burkina Faso. En 1932, la Côte d’Ivoire s’étendait jusqu'à Ouagadougou. La Haute-Volta n’a été rétablit dans ses frontières actuelles qu’en 1947. On était de même pays et la politique coloniale était faite de telle sorte qu’on allait chercher par train ou par camion les travailleurs Mossi pour la basse-côte. Voilà ce qui a été fait, et cela n’est pas la faute des Mossi, ni des autres populations de là-bas. Il y a insécurité parce qu’il n’y a pas d’emploi.

Le constat que tout  le monde fait c’est qu’effectivement l’insécurité est plus en plus croissante. Mais allons au fond des problèmes. Il y a insécurité pourquoi ? Parce qu’il n’y pas d’emplois. Nous avons dans la population ivoirienne d’âge actif, 15% seulement de gens (d’après les chiffres du ministère du Travail) qui ont un emploi. Il y a 25% de chômeurs officiels ; il y a donc 60% que le ministère du travail classe dans le secteur informel. Voilà les causes de l’insécurité. Sur 300 000 enfants qui arrivent en classe de CM2, et passent l’entrée en sixième, il n’y a de la place que pour 50 000. Les autres sont rejetés dans les rues. Ils ont entre 10 et 14 ans. Voilà les causes de l’insécurité, de la prostitution, de la délinquance juvénile. Donc, pour lutter contre l’insécurité, les premières mesures à prendre sont des mesures économiques, des mesures culturelles,  des mesures sociales. En prenant comme première mesure le déploiement de l’armée, j’ai peur qu’on aille vers un dérapage militariste. D’abord qu’on crie haro sur les étrangers et que ça ne développe (qu’ils soient africains ou européens). Je crains aussi qu’en fait ce ne soit un prétexte pour déployer l’armée dans les villages en vue de pourchasser les opposants. Sinon je ne crois pas du tout que c’est le déploiement des FANCI qui va faire reculer le banditisme. Ce qui va faire reculer le banditisme, c’est de construire l’économie de la Côte d’Ivoire sur une base solide et de donner de la formation aux gens.

C’est pourquoi, je m’associe à la demande de ceux des intervenants qui veulent qu’on rende l’enseignement public obligatoire et gratuit pour tous les enfants jusqu’à 18 ans. A partir de là, il y aura des filières de formation, qu’elles soient privées ou publiques ; des filières de formation où chaque enfant va apprendre un métier. Munis d’un métier, les gens peuvent affronter la vie. Mais le déploiement de l’armée dans les conditions actuelles, je le répète, est dangereux.   

En tout cas ce n’est pas notre choix. Il existe des solutions à nos problèmes.

AFP : qu’est-ce vous auriez répondu à  tous ces problèmes qui ont été soulevés par les Ivoiriens ?

LG : D’abord nous, nous n’aurions pas eu besoin de convoquer une telle assemblée.

Si nous sommes au pouvoir, cela signifie qu’il y a démocratie, et que chaque jour des journaux indépendants du pouvoir écrivent ; cela signifie qu’à l’assemblée nationale, il y des parlementaires qui parlent : que les syndicats possèdent leurs journaux et s’y expriment ; cela signifie qu’il y a des sondages, des élections.

Voilà les moyens par lesquels, dans un pays démocratique, un pouvoir entend, comprend, et sait ce qui se passe. A partir de ce moment-là, on a le temps de se préparer sur un long terme. Il faut donc :

1/ Proclamer dès à présent le multipartisme et laisser les contre-pouvoirs se mettre en place.

2/ Augmenter le pouvoir d’achat des populations pour relancer l’économie. Il faut se mettre dans la tête que les consommateurs n’ont pas un pouvoir d’achat convenable, il es vain d’espérer une relance économique.

3/ Sortir de l’économie cacaoyère et se lancer dans l’industrialisation ; sortir l’économie cacaoyère de notre tête. Nos dirigeants actuels ne sont pas encore sortis de l’économie de 1920. A partir de 1920, c’était le triomphe de l’économie caféière et cacaoyère, mais aujourd’hui, nous sommes dans un monde autre. Ils sont dépassés. Sortir de l’économie cacaoyère et se lancer dans l’industrialisation, pas dans l’industrialisation étatique comme le PDCI avait cherché à le faire, mais faire en sorte que les gens puissent emprunter l’argent aux banques et créer des entreprises ; les encourager ; encourager l’exportation ; encourager les entreprises à conquérir des marchés extérieurs.

4/Créer la fédération ouest-africaine. Que voulez-vous d’habitants ? Quelles usines, quelles entreprises viables voulez-vous créer ? Sur les 10 millions que nous sommes, combien ont de l’argent pour acheter. Même le savon de Blohorn, combien peuvent-ils l’acheter ? Il y a des questions économiques à aborder et la solution n’est pas d’envoyer l’armée aux trousses des gens.

The Independant : les organisations régionales, sous-régionales, CDEAO, CEAO, le MANO RIVER UNION n’arrivent pas à fonctionner ?

LG : Je ne crois pas à ces organisations et je suis contre toutes ces organisations que vous venez de citer parce qu’elles ne sont pas faites pour aller vers une intégration économique. Dans l’Ouest-africain, la première de ces organisations est le Conseil de l’Entente. Son rôle était politique. En effet, au moment des indépendances, centre 1956 (date de la loi-cadre) et 1960, il y a eu tout un débat dans l’Ouest africain sur la fédération de l’AOF.

Il s’agissait de savoir si savoir si cette entité allait être conservée ou au contraire disloquée. Vous êtes sans ignorer que les dirigeants du PDCI étaient les champions de la division ; le Conseil de l’Entente a été créé pour casser le principe même de la fédération de l’AOF. La fédération ouest-africaine n’est pas pour le FPI un problème idéologique. C’est une réflexion économique toute simple. Avec 10 millions d’habitants, aujourd’hui dans l’Afrique, des gens qui sont pour la plupart pauvres, qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous ne sommes ni le Luxembourg, ni Monaco où le pouvoir d’achat est élevé malgré l’étroitesse du territoire. Nous sommes la Côte d’Ivoire, nous sommes la Guinée, nous sommes le Burkina Faso… : les gens sont pauvres, et le FPI parle d’abord sur l’extension du marché. Nous voulons aussi regrouper les Etats pour diminuer les frais de fonctionnement. Un exemple : la sous-région compte 14 pays et chacun a un ambassadeur à Paris. Que font ces 14 ambassadeurs à Paris, alors qu’un seul suffirait à faire le travail des 14, et ferait économiser de l’argent à l’Etat ?

AFP : Multipartisme, fédération, qu’est-ce que vous voyez d’autres comme propositions ?

LG : Que l’Etat fasse son travail. Nous sommes à gauche, mais en même temps nous sommes pour l’économie de marché. Et nous disons : « que l’Etat fasse son travail ». C’est pourquoi nous avons proposé qu’en lieu et place de Code des investissements actuels, on définisse clairement des secteurs économiques. Nous avons proposé qu’il y ait un secteur stratégique réservé à l’Etat. Nous pensons que dans un pays pauvre comme le nôtre, on ne doit pas chercher à faire des bénéfices sur l’électricité. Si l’Etat ne fait pas le sacrifice de mettre l’électricité partout, tous les discours pour décentraliser Abidjan au niveau des entreprises seront vains. Aucune entreprise étrangère ne s’installera à Tingrela s’il n’y a ni eau courante ni électricité dans cette ville du Nord. Dans le même temps, il faut que l’électricité soit partout pour provoquer un changement culturel dans le mode de vie des Ivoiriens et assurer une vraie protection de l’environnement. La Côte d’Ivoire possédait 16 millions d’hectares de forêt au moment où les Français partaient ; aujourd’hui, il y a moins de 3 millions de forêt.

Si, avec l’utilisation de l’électricité et du gaz, nous donnons aux paysans des villages une autre culture de cuisine, nous pourrons faire une politique de protection de la nature, de l’environnement plus conséquente. On ne peut pas dire aux gens « ne faites pas de brûlis » sans leur apprendre à pratiquer l’irrigation. C’est pourquoi nous disons que l’eau, l’électricité et un certain nombre de domaines qu’on définira doivent relever du domaine de l’Etat.

Il doit y avoir aussi un secteur d’économie mixte, secteur très important où l’Etat peut aider les partenaires étrangers, peut-être actionnaires, afin de pouvoir donner des impulsions précises. Par exemple le secteur pharmaceutique. Faut-il que l’Etat apporte un financement de sorte à réduire les prix des médicaments à la sortie des laboratoires ? Il faut évidemment veiller à maintenir un très vaste secteur privé. Enfin, nous devons veiller à susciter l’existence d’un secteur mutualiste dynamique. C’est dans ce secteur qu’on suscitera la création d’une véritable sécurité sociale. Voilà au niveau économique quelques orientations que nous envisageons.

AFP : Le gros problème en Côte d’Ivoire, c’est que l’Etat c’est Félix Houphouët-Boigny ; il est là. On est en train d’étudier l’article 11. Je crois qu’il prévoit la succession. Qu’est-ce que vous en pensez ? Le blocage, c’est Félix Houphouët-Boigny. Est-ce qu’il faudrait qu’il abandonne ... ?

LG : Non, pour ma part, je ne pose pas le problème en ces termes. Houphouët-Boigny ne gêne pas le FPI. Il y a une seule chose qui nous gêne : c(est la mentalité de parti unique. Si cette mentalité change, que ce soit Houphouët-Boigny ou un autre unique car si Houphouët-Boigny part du gouvernement et que son successeur maintient le parti unique, nous lutterons avec la même ardeur contre lui. Au FPI, nous sommes contre tout ce qui est parti unique, tout ce qui est confiscation des libertés publiques.

L’unité nationale se construit dans les faits

BBC : la raison donnée par le président pour refuser le multipartisme en Côte d’Ivoire est que l’unité nationale ne serait pas encore réalisée ; qu’il serait impossible à quelqu’un d’être élu dans une autre région que la sienne. Est-ce que c’est là une bonne raison, à votre avis ?

LG : Ecoutez, pour appuyer son argumentation, le président de la République a dit qu’un Baoulé ne peut pas être élu à Bouaflé qui est une Gouro. Le président ment ; il est pris en flagrant délit de mensonge. Je vais vous donner des exemples que vous pourrez noter et écrire : A Bouaflé, capitale du pays Gouro, le député s’appelle   yves N’Da : c’est un Baoulé; le maire de Bouaflé s’appelle Cowppli Boni : c’est un Baoulé lui aussi. A Bouaflé, les deux élus sont donc Baoulé. A Adjamé (Adjamé est implanté en pays Ebrié), le maire s’appelle Dembelle Lancinan : c’est un Djoula et non pas un Ebrié. L’ancien député s’appelle Djabi Abdoulaye : c’était aussi un djoula. Et l’actuel député s’appelle Aka Yao : c’est un Baoulé. A Divo, ville située à l’intérieur du pays Dida, le maire s’appelle Konian Kodja ; il est Baoulé et il est cousin de Boni. A San Pédro, qui est à l’ouest, le fils d’Auguste Denise, un Baoulé a été candidat aux municipalités ; il s’est fait battre de six voix seulement. Celui qui a été élu Landry Modeste, n’est pas Krumen de San-Pedro ; il est Neyo de Sassandra. A Bouaké, l’un des députés s’appelle Loué Blé Georges ; il est Bété et pourtant Bouaké est une ville baoulé. Un autre député de cette ville s’appelle Namori Bakayoko ; il est Djoula, etc. je peux multiplier les exemples de ce genre. La raison évoquée par le président n’est donc pas une vraie raison. La vraie raison, c’est que ces messieurs prennent les institutions de la République pour les butins de guerre, et ils veulent les garder pour eux. C’est tout. Ils prélèvent d’autorité de l’argent sur nos salaires sous prétexte que les cotisations aux PDCI sont obligatoires. Moi, je défie le PDCI de nous couper les cotisations obligatoires et de pouvoir vivre quand même. C’est cela le vrai défi. C’est trop juteux le parti unique ! C’est trop facile trop juteux ! Ca rapporte gros. C’est pour ça qu’ils ne veulent pas le multipartisme.

AFP : Vous contestez l’idée que l’unité nationale n’est pas réalisée en Côte d’Ivoire ?

LG : Je conteste toute id »e d’un chef d’Etat africain qui dit qu’il faut attendre l’unité nationale avant de faire  le multipartisme. Je dis que c’est un prétexte pour garder le pouvoir.

L’unité nationale se construit dans les faits, dans la pratique. Dans les débats d’idée et non pas dans un parti unique sous le couvert duquel les hommes volent, pillent, mentent, font n’importe quoi. Non, pour moi, c’est un prétexte qui est vain. Un prétexte d’autant plus vain que même les porte-parole des organisations du PDCI n’ont pas utilisé ce prétexte-là.

AFP : Est-ce que vous avez vraiment le sentiment de fin de règne ici ?

LG : Bien sûr que oui ! Sur le terrain du recrutement, nous ne sommes plus seuls. Nous rencontrons les agents recruteurs des barons du régime qui veulent – chacun pour son compte – succéder à Houphouët. Tous ceux-là raisonnement aujourd’hui en termes d’après Houphouët. Oui, le régime est mourant, mais il meurt mal.

AFP : Houphouët ou le régime ?

LG : Je parle du régime. Je parle du régime parce que, je le répète, Houphouët ne me gêne pas ; il ne gêne pas le FPI. Nous lui souhaitons de vivre très longtemps, mais nous voulons le pluralisme, c’est tout. Si, lui, peut nous battre à des élections, ce sera tant mieux pour lui. Mais il refuse la compétition.

The Independant : Est-il vrai que vous croyez que la majorité des Ivoiriens soutiennent, réclament, voudraient aussi le multipartisme ?

LG : Dire oui peut laisser penser que nous vantons. Mais il y a quand même des faits aujourd’hui qui sont révélateurs. Un homme s’est mis à 3 mètres d’Houphouët et lui a dit au nom d’un syndicat que le multipartisme est le meilleurs choix pour le pays et cet homme a été ovationné.

RFI : M. Laurent Gbagbo, vous avez été mis en cause hier dans le discours du président de la République à la radio. D’abord, comment jugez-vous cette allocution du président de la République ? Est-ce un ton nouveau ? Y-a-t-il un changement dans la politique du président ? Est-ce que la situation a changé ?

LG : Vous me posez une question sur les propos du président. Je trouve son propos faible, très faible par rapport à ce que j’ai connu. Il y a eu des moments où même quand on n’était pas d’accord avec Houphouët-Boigny on était oblige de constater la rigueur du propos. Mais là, le propos était faible. Par ailleurs, j’ai trouvé que le propos était nettement en deçà des préoccupations des gens qu’il avait convoqués et qui avaient parlé. Les gens qui ont parlé ont posé des problèmes très précis concernant la situation politique. Or le président a voulu noyer le tout en annonçant la création d’une vague commission qui va se réunir à partir du 6 octobre.

Mais aucun Ivoirien n’a plus confiance aux commissions du PDCI. On a mis sur pied une commission pour l’éducation nationale ; elle a travaillé, et ses conclusions ont fait l’objet d’une loi sur l’éducation nationale en 1977. Cette loi a été promulguée mais n’a jamais été mise en pratique. Non, le président s’est montré très faible.

Il m’a mis en cause, me dites-vous. Je le laisse à ces petites tracasseries. Celles-ci ne nous détournement pas de notre chemin. Nous voulons la démocratie. Si le PDCI est capable de résister à la tempête démocratique, c’est cela le vrai défi. Est-ce que le PDCI est capable aujourd’hui d’avoir un projet de société ? Est-ce que le PDCI est, dans le cadre de son programme de gouvernement et dans le cadre de son projet, capable de soutenir des candidats devant la population ? Voilà le problème. Nous, nous sommes prêts à avoir un programme gouvernement, à avoir un projet de société et à nous battre dans toutes les élections, présidentielles, législatives, municipales pour les faire triompher. Je vois que tout le monde est prêt pour le multipartisme en Côte d’Ivoire, sauf le président et clique qui le suit.

BBC : M. Gbagbo, hier au palais présidentiel, le président de la République a lancé un défi à vous et à votre collègue à l’université, de vous présenter dans une région autre que le vôtre. Est-ce que vous allez relevez le défi ?

LG : D’abord, je ne laisse personne m’indiquer la circonscription où je dois me présenter. Je suis absolument maître de mes choix politiques.

Si je décide de me présenter, c’est mon choix et le choix de mon parti.et c’est mon parti qui doit m’indiquer où je dois me présenter.

BBC : Et vous voudrez bien vous présenter aux élections ?

LG : Je ne me présente jamais dans les élections de parti unique. Tant que les élections seront des élections de parti unique, soyer sûrs que je ne me compromettrai pas avec des bricolages de ce genre-là.

BBC : quand le président parle de la Côte d’Ivoire, il voit des ethnies qui, évidement, lui semble très importantes.

Sur son propre pays ? A-t-il perdu un peu le contact avec la réalité moderne ?

LG : Je crois qu’il est resté 1920, alors que moi, je suis en 1989. C’est la différence entre nous deux.

BBC : Pour toutes les autres choses aussi ?

LG : Mais pour tout ! Pour la Côte d’Ivoire, pour l’économie mondiale, pour la démocratie… Le président est encore en 1920 et moi je suis en 1989.

C’est la différence entre nous deux.

 

 Source : Journal L'évènement N*0- Janvier 1990

 

conférence de presse de laurent gbagbo dans l'opposition