Alors que la croissance bat des chiffres record, le flux d’ivoiriens qui fuient le pays pour l’aventure vers l’Europe par la mer est paradoxalement élevé. Et c’est devenu un fléau. La Côte d’Ivoire qui est passée de la 10ème à la 4ème place au premier semestre 2016 avec 7% des migrants qui arrivent à Lampedusa en Italie, vient de battre un record cette année. L’Organisation internationale pour les migrations classe la Côte d’ivoire en première position avec le grand nombre de ressortissants candidats à l’immigration clandestine en Europe. Et pour cause : les Autorités italiennes estiment aujourd’hui à 11000le nombre d’Ivoiriens qui ont traversé la Méditerranée depuis la fin de l’année dernière. Pour la période du 1er janvier au 15 février 2017, 800 migrants illégaux sont arrivés en Italie- porte d’entrée de l’Europe – par la méditerranée.

images (1)

   On peut le dire, le pays est dans le rouge en matière  d’immigration sous la gouvernance de l’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international  (FMI). C’est du jamais vu dans le pays où il y a quelques années encore ce phénomène était un vue de l’esprit pour les Ivoiriens qui regardaient avec stupéfaction sur les chaines de télévisions les images de l’arrivée massive des ressortissants des autres pays africains sur les côtes italiennes notamment.

   Aujourd’hui, alors que le régime chante une croissance à deux chiffres et soutiennent que des millions d’emplois sont crées- le ministre de l’Emploi et de la jeunesse Sidi Touré affirme que ce sont 600 mille emplois qui ont été crées pour la seule année 2016-, les jeunes quittent massivement le pays. En prenant tous les risques possibles que comporte la traversée de la Méditerrané, donc en mettant leur vie en jeu. Prendre le risque de braver la mer ou crever de faim de son pays ? C’est la question que doivent se poser assurément les migrants. Sous un pouvoir qui déguerpit les petits commerces sans rien proposer en retour, où seule la politique de rattrape prévaut en tout (emplois, marchés aux entreprises et PME, etc.), beaucoup de jeunes sans espoir préfèrent se jeter à l’eau. Et les résultats sont là. La Côte d’Ivoire vient de prendre la tristement célèbre tête de liste des pays pourvoyeurs de migrants illégaux.

Le  Régime accuse les pays africains

   Mais le régime Ouattara refuse d’assumer cette responsable. Sa stratégie : mettre en cause d’autres pays, visiblement de la sous-région. Selon le gouvernement, des ressortissants d’autres pays se font enregistrer comme étant ivoirien auprès des institutions en charge de gestion des migrants illégaux, ce qui fausserait les données divulguées sur la Côte d’Ivoire. « Nous n’avons pas envie d’entrer dans les accusations trop directes. Et puis pour terminer là-dessus, il y a beaucoup de faux. Je préfère taire la nationalité de ces migrants mais qui avaient des titres de séjour, qui avaient des papiers ivoiriens. Donc vous voyez ! Nous n’avons pas envie d’entrer dans un débat qui est à ce stade probablement prématuré (…) Je reste un peu circonspect parce que rien n’indique, en tout cas aujourd’hui, que la situation soit plus grave aujourd’hui en Côte d’ivoire qu’il y a quelques années », s’est défendu mercredi le porte-parole du gouvernement Bruno Koné, qui soutient que certains anglophones se font passer pour des Ivoiriens.

   L’arbre ne peut cacher la forêt. Cette tentative de diversion ne saurait prospérer d’autant que c’est un secret de Polichinelle : le phénomène a pris de l’ampleur en Côte d’Ivoire ces dernières années. Et de nombreux jeunes, qui ne croient plus aux discours des maîtres chanteurs de l’émergence dont on ne voit aucun signe à l’horizon, ne pensent qu’à une chose aujourd’hui : fuir la misère pour l’aventure en Europe. Le régime Outtara devrait plutôt se pencher sur ce fléau que de botter en touche.

Une contribution de Benjamin Silué