gbagbo

INTERVIEW DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO AU TERME DE SA VISITE D’ETAT AU BURKINA FASO 1/3 INTERVIEW DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO AU TERME DE SA VISITE D’ETAT AU BURKINA FASO Le Président de la République de Côte d’Ivoire, S.E.M. Laurent Gbagbo, a achevé, ce mardi 29 juillet 2008, sa visite d’Etat de 3 jours au Burkina Faso.

Avant son départ pour Yamoussoukro, en vue prendre part, demain mercredi 30 Juillet 2008 à Bouaké, à l’an 1 de la «Flamme de la Paix», il a accordé une interview à la presse, à l’Aéroport International de Ouagadougou. Ci-dessous, l’intégralité des propos du Chef de l’Etat Ivoirien. Monsieur le Président de la République, quel bilan pouvez-vous faire au terme de votre visite au Burkina Faso ?

Le Président Laurent Gbagbo Je voudrais d’abord remercier le Président Blaise Compaoré qui m’a invité à faire ce séjour ; ensuite le Président de l’Assemblée Nationale, tous les Responsables des Institutions.Je voudrais également remercier ceux qu’on oublie toujours, à savoir nos deux Ambassadeurs, celui qui est à Abidjan et l’autre qui est à Ouagadougou. Sans le travail fourni par ces deux diplomates, je crois que cette visite n’aurait pas été possible. Je voudrais aussi remercier l’ensemble du Gouvernement. Mais, ces remerciements vont à tous ceux que j’ai oubliés de citer. Par exemple, le «Moro Naba». Je le remercie pour l’accueil fraternel qu’il m’a réservé. Vous m’avez posé la question sur le bilan. D’abord, il faut remonter à la nécessité même de la visite.

Est-ce qu’une telle visite, aux allures solennelles, officielles, d’Etat, était nécessaire ?

Je crois que c’est la première interrogation, avant de faire le bilan. Oui, je crois qu’elle était nécessaire, pour deux raisons : premièrement à cause de notre histoire. L’histoire de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Quand deux pays ont cette histoire- là, ils ont un comportement qui doit être particulier. Pour cela, il y avait la nécessité, au moins une fois dans les relations entre les deux Etats modernes, de faire cette visite. Deuxièmement, notre histoire récente. Nous sortons de la crise comme par hasard, par la facilitation du Président du Faso. Certains croient que c’est par hasard, non ! C’est précisément à cause de la première raison que j’ai évoquée que le deuxième point est possible. Donc, nous avons dit « plus jamais çà ! ». Et nous avons décidé de marquer notre appartenance à une région commune ; nous avons marqué notre destin commun. Les documents que nous avons signés ne sont pas un accord supplémentaire.

C’est un traité qui se place dans l’essence même de l’existence de ces deux pays. C’est-à-dire que nous vivons ensemble les uns chez les autres. Nous voulons marquer cela dans les documents. Nous voulons nous donner des règles pour que cette existence commune soit traduite dans le droit et dans les faits. C’est ce que nous avons voulu faire. Et pour le faire, il faut que les deux Chefs d’Etats qui dirigent les deux Exécutifs soient d’accord. Donc, nous avons voulu marquer aussi notre amitié commune. C’est pourquoi, j’ai rappelé les rapports qui étaient les miens avec Blaise Compaoré que j’ai connu depuis à peu près 20 ans, et qui m’a aidé à surmonter les différentes étapes jusqu’aujourd’hui. Il faut que les deux Chefs soient cela pour que ce qui arrive aujourd’hui puisse l’être.

Je suis très content, parce que ce traité-là marque une rupture dans les relations diplomatiques entre la Côte et le Burkina Faso. C’est un départ nouveau. Il y a des projets sur lesquels aucun Chef d’Etat ne travaillera seul. Nous allons forcément travailler en commun. Nous avons décidé d’attaquer d’abord le problème de l’autoroute. Nous sommes déjà entrain d’y travailler. Mais, il y a d’autres projets. Par exemple se réunir même deux fois par an avec certains de nos Ministres pour faire le point des politiques nationales et de la politique mondiale, c’est déjà quelque chose d’important. Il faut résoudre les germes des conflits par l’amitié, la fraternité. C’est ce que nous avons décidé de faire. Je suis très content.

Le fait de vouloir faire de l’axe Ouagadougou-Yamoussoukro, l’épine dorsale dans le développement de l’UEMOA, est-ce une vision partagée par un pays comme le Nigeria ?

D’abord, le Nigeria n’est pas dans l’UEMOA (éclats de rire).

Et dans le cadre de la CEDEAO ?

Je vous dis qu’il n’y a pas d’Union sans épine dorsale. Toutes les Unions que vous voyez dans le monde ont une épine dorsale. Pour celle qui nous semble la plus proche à cause de notre histoire coloniale, c’est l’Europe. L’Union Européenne est née à cause des guerres. Après la première, puis la deuxième guerre mondiale, les Chefs d’Etat de France et d’Allemagne ont dit : «On ne peut plus continuer à se faire la guerre, à se tuer». C’était en 1945 quand De Gaulle et Adenauer se sont vus pour dire : «Arrêtons ça !». Et c’est cela qui a donné aujourd’hui l’Union Européenne. Et petit à petit, les autres Etats européens sont venus s’y ajouter pour porter l’ensemble des pays à 27 aujourd’hui. C’est ainsi qu’on avance en s’élargissant. Si nous voulons attendre tout le monde, nous n’y arriverons jamais. Nous sommes dans le vrai et dans un schéma que nous avons choisi.