La chambre de première instance I de la cour pénale internationale, dans l’affaire procureur contre Laurent gbagbo et Charles Blé Goudé, vu les articles 64,67(1) et 69 du statut de Rome et l’article 68 du règlement intérieur et («  règlement »),rend cette décision sur la requête de l’accusation visant à admettre la déclaration antérieure enregistrée et les documents connexes en relation avec le témoin P-0045.En application de l’article 68 (3)du règlement »,déposé le 16 décembre 2016 (Requête »).Décision à notifier, conformément à l’article 31 du règlement de la cour, à :

1. La requête vise à obtenir la « présentation conditionnelle de la preuve relative aux déclarations enregistrées, y compris les documents connexes « 2 du témoin P-0045, en vertu de la règle 68 (3) des règlements de preuve précis qui sont visés par l’accusation.

2. La défense de Charles Blé Goudé et la défense de Laurent Gbagbo ont répondu le 9 janvier 2017, tous deux s’opposant à la requête.

3. Il s’agit de la quatrième instance dans laquelle la chambre adresse une demande au procureur  à introduire des témoignages antérieurs enregistrés en vertu de l’article 68 (3) du règlement .Dans la présente décision, la chambre suit la même démarche que celle de la première décision en la matière. La chambre relève également que cette décision a été confirmée récemment  sur l’appel interlocutoire, notamment sur les applications par la chambre de l’article 68 (3) du règlement.

4. Aux termes de l’article 68 (3) du règlement, les conditions suivantes sont réunies pour le témoignage enregistré :.

 (i) – Que le témoin soit présent devant la chambre de première instance ;

(li)-Que le témoin ne s’oppose pas à l’introduction du témoignage préalablement enregistré ;

(lii)-Que le procureur, la défense et la chambre aient la possibilité d’interroger le témoin pendant la procédure. Comme toujours en vertu de l’article 68 du Règlement, la chambre doit également être attentive à l’exigence selon laquelle l’introduction du témoignage enregistré ne doit pas être préjudiciable aux accusés. A cet égard, la chambre considère que l’introduction de l’article 68 (3) des Règles comporte habituellement un risque plus faible d’ingérence avec le droit à un procès équitable de l’accusé, parce que le témoin peut être interrogé par la défense.

5. Le procureur soutien que la preuve du témoin P-0045 « se concentre sur la méthodologie appliquée à l’interception des communications (…) et des radiofréquences utilisés par les unités FDS », et se rapporte également  à la répression de la marche sur la RTI du 16 décembre 2010 ».Selon le procureur, la déposition du témoin n’atteint pas le niveau d’importance qui exigerait d’entendre son témoignage. Le procureur  soutient également que la déclaration écrite a suffisamment des indices de fiabilité, que l’introduction de déclarations écrites favoriserait l’efficacité et l’économie, et ne serait pas préjudiciable ni incompatible avec les droits de l’accusé. 

6. La défense de Charles Blé Goudé soutien que les éléments que l’accusation demande d’admettre, concerne des questions fondamentales dans l’affaire. La défense souligne également la pertinence et la nature technique  de la requête.

7. La défense de Laurent  Gbagbo proteste contre le champ d’application de l’article 68 des règles dans le procès et insiste sur le fait que la promotion de l’économie judiciaire ne peut être privilégiée au détriment des droits de l’accusé. De plus ,la défense fait valoir des arguments au motif que le procureur avait précédemment informé la chambre qu’elle déposerait une requête en vertu de l’article 68 du règlement du témoin P-0045 et qu’il ya un manque de clarté sur la version française de la déclaration du témoin. Les enquêteurs ont parlé au témoin en anglais et leurs questions ont été traduites par un interprète dont la compétence, selon la défense, ne peut être vérifiée. La défense  conteste également les arguments du procureur selon lesquels la preuve du témoin et n’est pas crucial pour l’affaire. La défense s’oppose à l’introduction des annexes à la déclaration écrite pour des raisons de procédure. 

8. La déclaration écrite du témoin P-0045 porte sur la documentation de certains événements pendant la crise post –électorale à travers le suivi occasionnel de la radio des communications des membres  de la garde républicaine, de la gendarmerie et de police. Parmi les communications radiophoniques que le témoin affirme avoir entendues, les ordres donnés sur  les réseaux radio au cours de l’opération des FDS liée à la marche du 16 décembre  2010.Les annexes à la déclaration du témoin P-0045 sont des prises par le témoin pendant qu’il écoutait les communications radio (annexe 6). Réponse de la défense de Gbagbo, paragraphes 5-7 résumés des communications que le témoin a préparées ultérieurement (annexes 1, 2,3 et 5) et une liste de signes distinctifs  établis par le témoin (annexe 4). 

9. La chambre, considérant le fond de la déclaration écrite du témoin P-0045 et compte tenu des observations des parties, estime préférable que la totalité du témoignage du témoin soit entendu viva voce. De l’avis de ce que qui permettra une présentation optimale des preuves de ce témoin, considérant également que le temps  économisé par l’introduction du témoignage enregistré du témoin serait relativement limité puisque le procureur se propose de prendre 1,5 heure pour  l’examen complémentaire (par opposition à 4 heure estimées sans utilisation de la règle 68 (3) des règles). 

10. Considérant  qu’il existe des raisons qui justifient que la chambre exerce ses pouvoirs discrétionnaires de ne pas utiliser l’article 68 du règlement à l’égard du témoin P-0045, il n’est pas nécessaire dans cette décision d’examiner plus avant les conditions de ladite règle. 

11. Le témoin P-0045 doit témoigner viva voce. Compte tenu de la portée de la preuve et le besoin de prendre des mesures pour accélérer le procès, le procureur a accordé 3 heures pour l’interrogatoire du témoin.

12. Enfin, la chambre relève que les parties n’ont pas, à ce jour, déposé les versions de leurs soumissions. A la lumière de cet échec, et dans l’intérêt  de la procédure, la chambre estime nécessaire de fixer des délais pour l’achèvement de cet exercice. 

Pour les motifs suivants, la chambre rejette la demande du procureur et lui ordonne de déposer une  version  publique expurgée de la requête  d’ici le 9 février 2017.Ordonne à la défense de Laurent Gbagbo et à la défense de Blé Goudé de déposer les versions expurgées d’ici le 16 février 2017  

                                                                                                                                                                           Fait le 2 février 2017

                                                                                                                                                                           A la Haye, Pays-Bas

                                                                                                                                                        CUNO TARFUSSER, JUGE PRESIDENT,

                                                                                                                                                         JUGE OLGA HERRERA CARBUCCIA ET

                                                                                                                                                                     

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JUGE GEOFFREY HANDERSON